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Espagne : la prostitution au centre de toutes les confusions

novembre 2015, par Claudine Legardinier

Une loi sans queue ni tête réprimant aussi bien les personnes prostituées que les clients prostitueurs est entrée en vigueur en Espagne. L’opposition brouillonne qu’elle suscite montre une totale absence d’analyse. Même le mouvement de gauche Podemos, pourtant anti-libéral, semble incapable d’en clarifier les enjeux.

Dans un pays qui prétend tolérer la prostitution, les grandes villes ne savent plus à quel saint se vouer pour en limiter les désordres<:q>. La droite au pouvoir a ainsi fait loi de sécurité citoyenne (entrée en vigueur en juillet 2015) qui prévoit des amendes aussi bien pour les personnes prostituées que pour leurs « clients ». Sont ainsi interdits les actes d’exhibition obscène et la prostitution près des lieux réservés aux enfants. Les amendes prévues vont de 600 euros pour les personnes prostituées à 30 000 pour les clients prostitueurs !

A Madrid, des personnes prostituées s’opposent vigoureusement à cette loi qui fait d’elles des criminelles et exigent la normalisation de leur activité. Elles sont soutenues par la plateforme citoyenne Ahora Madrid, composée de plusieurs partis très à gauche, dont l’antilibéral Podemos, qui a remporté les élections municipales. 

On voit à quel point la confusion règne dans les esprits. Alors que la loi, dépourvue de sens, vise sans distinction les personnes prostituées et les « clients », un parti comme Podemos, nourri de la critique du système libéral, fait le même amalgame en confondant le refus légitime de ne pas réprimer les personnes prostituées, avec le souci d’épargner leurs exploiteurs.

La précarité, les violences qui condamnent des femmes à la prostitution, l’exil qu’elles subissent depuis l’Amérique du Sud, l’Afrique ou l’Est européen, la « tradition » qui offre à des hommes le « droit » d’exploiter ces personnes victimes de réseaux et de proxénètes… Aucun de ces sujets ne semble troubler un parti prétendant impulser les luttes sociales.

Comment le légitime souci de ne pas réprimer les personnes prostituées ne s’accompagne-t-il pas d’une critique minimale d’un système fondé sur l’exploitation et la violence et dont les profits illimités vont surtout à l’industrie du sexe et aux milieux criminels ?

Viendra un temps où les abolitionnistes espagnoles ne prêcheront plus dans le désert. Pour le moment, elles se heurtent manifestement au degré zéro de la pensée.


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