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2 ans de loi

Education à la sexualité : un changement d’échelle est nécessaire

avril 2018, par Sandrine Goldschmidt

La loi du 13 avril prévoit d’inscrire la prévention dans les programmes scolaires, notamment via l’éducation à la non marchandisation de la personne. Les parlementaires avaient par ailleurs recommandé que le gouvernement fasse des campagnes de sensibilisation, nécessaires pour que la loi soit connue. Le moins que l’on puisse dire, c’est que sur ce plan, la loi n’est pas encore appliquée.

Nous publions aujourd’hui notre évaluation de début de mise en oeuvre du 4e pilier de la loi. Retrouvez en bas de cet article les liens vers les précédents piliers.

Depuis le vote de la loi, la sensibilisation de l’opinion n’a pas été une priorité. Seule, Laurence Rossignol, alors ministre aux droits des femmes, a lancé une campagne d’affiches, en octobre 2016, pour sensibiliser les hommes au fait de ne plus être "clients".
Des campagnes nationales seraient pourtant nécessaires pour sensibiliser à l’interdit d’achat d’acte sexuel et à la nécessité de ne plus voir les personnes prostituées comme des coupables.
Côté prévention auprès des jeunes, la lutte contre la marchandisation des corps a bien été inscrite dans le Code de l’Education. Mais, si la question a bien été intégrée à la plateforme Eduscol, cela ne s’est traduit ni dans les programmes ni dans un plan d’action spécifique. « Le problème, c’est que le sujet peut être abordé en fonction des lycées mais qu’il n’y a pas de directives globales. Et c’est déjà la même difficulté pour l’éducation à la sexualité, à la vie relationnelle et affective, inscrite depuis plus longtemps dans la loi, » explique notre chargé de prévention Ile-de-France.

Localement, dans les Hauts-de-Seine où le Mouvement du Nid rencontre plusieurs milliers de lycéen·nes ou collégien·n·es chaque année, la directrice d’Académie a demandé à rencontrer l’association. Mais, dans la plupart des départements où il est également présent, rien n’a été fait. C’est seulement lorsque nos bénévoles contactent les établissements qu’ils et elles parviennent parfois à entamer un travail global de prévention.
Selon Isabelle Collot, permanente de la délégation de Strasbourg, « il y a un début d’intégration. C’est la loi, les élèves se disent qu’ils n’ont pas à la contester. Mais on constate qu’un tiers des élèves ne comprend pas pourquoi les personnes prostituées ne sont pas pénalisées ». Ce qui rend d’autant plus nécessaire, selon elle, que l’Education nationale s’empare du sujet. « C’est important d’avoir cette norme éducative ; cela permet de recadrer et de débattre, de discuter des rôles des femmes et des hommes, et de la sexualité ».
Sur la prévention, le texte est satisfaisant. Mais son application n’est pas encore à la hauteur. On attend maintenant que le ministère de l’Education nationale donne des consignes en ce sens aux établissements.

Retrouvez notre évaluation des autres piliers de la loi :
Pilier 1 : Des parcours de sortie qui commencent, un changement de regard amorcé
Pilier 2 : Interdiction d’achat d’actes sexuels : là où c’est appliqué, cela fonctionne]

Pilier 3 : lutte contre le proxénétisme sur Internet : (presque) tout reste à faire


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