dernière mise à jour ¬ 17/11/17 | vendredi 17 novembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Harcèlement sexuel, sexisme, prostitution, tout tient ensemble

mai 2016, par Claudine Legardinier

Un à un, les verrous commencent à sauter : l’omerta, la culpabilité des victimes, l’impunité des agresseurs. En libérant la parole des femmes qui ont subi sexisme et harcèlement sexuel, l’affaire Baupin renchérit, en mai, sur l’exigence de dignité et de respect qu’affirmait, en avril, la loi sur la prostitution.

L’affaire fait grand bruit et c’est sans précédent. Plusieurs femmes membres ou ex membres d’Europe Écologie Les Verts (EELV) ont décidé de briser la loi du silence en accusant le député Denis Baupin d’agressions et de harcèlement sexuel. Leur geste a fait l’effet d’une traînée de poudre, en amenant d’autres, quel que soit le parti politique auquel elles appartiennent, à dénoncer à leur tour des faits bien connus mais jusqu’ici protégés et considérés comme une fatalité et une affaire privée.

Des femmes, donc, demandent haut et fort à ne plus être considérées comme des objets sexuels. Elles veulent en finir avec toutes les formes du droit de cuissage ; elles exigent la fin de l’omerta et celle de l’impunité.

Leur démarche rappelle l’esprit de la loi destinée à lutter contre le système prostitutionnel votée le 6 avril.

Car, comme elles, les survivantes de la prostitution ont eu le courage de briser le silence. Comme le harcèlement actuellement dénoncé, la prostitution est passée du statut de sujet de ricanement à celui de question pleinement politique. Les croyances éternelles en sa prétendue fatalité ont laissé place à l’analyse.

Et pour la première fois, se dessine un retournement majeur. Ce n’est plus aux victimes de comprendre, de subir et de s’adapter. C’est aux agresseurs responsables de leur cantonnement dans l’image archaïque d’objets de plaisir et de corps à prendre qu’il est demandé de changer de comportement ; aux auteurs de sexisme et de harcèlement comme aux clients prostitueurs.

Tout est cohérent. Le sexisme, le harcèlement sexuel, la prostitution, sont des freins à l’avancée des droits des femmes et à la reconnaissance de leur dignité. Au moment où la ministre de l’éducation, Najat Vallaud Belkacem, annonce que le programme du bac littéraire proposera enfin des œuvres de femmes, rendant ainsi visible leur existence artistique et intellectuelle, il nous semble que ce printemps 2016 rassemble les pièces éparpillées d’un grand puzzle. Il s’agit maintenant de ne pas s’arrêter en si bon chemin.


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