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Marche pour l’abolition : Rosen a conquis Orléans

octobre 2014, par Claudine Legardinier

Sa veste verte s’aperçoit de loin. Rosen marche. Les cailloux, les côtes, les premiers frimas, rien ne l’arrête. Rosen avance, décroche un téléphone qui n’arrête pas de sonner (même le Japan Times a appelé), et a encore la force, au bout des vingt cinq kilomètres qu’elle avale dans la journée, de porter ses convictions, d’argumenter et de convaincre. Les élus, les associations, les passants… Abolitionniste par tous les temps.

Rosen est en forme. Pourtant, les premiers jours, une ampoule énorme aurait arrêté n’importe quel marcheur. J’aimerais avoir mal, a-t-elle dit ; ça voudrait dire que je suis vivante. C’est qu’elle a encore du mal à éprouver l’intensité de ses sensations depuis que la prostitution l’a contrainte à s’absenter d’elle-même. En marchant, elle réapprend ; elle ranime son corps, sa force, sa vitalité. Et elle avance vers son but, déterminée à faire bouger les lignes, à engager le Sénat à voter la proposition de loi qu’il s’est arrangé jusqu’ici pour pousser dans un coin. A obtenir, tout simplement, l’abolition de l’esclavage sexuel.

En chemin, elle interpelle des hommes, des jeunes, des moins jeunes, des routiers, leur demandant s’ils ont été ou s’ils sont "clients". Elle écoute, explique calmement ce qu’elle a vécu pendant les vingt-deux ans de prostitution où elle s’est sentie niée, rayée de la carte des humains. Elle reprend celles et ceux qui parlent des prostituées : pourquoi ne parlez vous pas de "femmes prostituées" ?. Car la prostitution est une situation, pas une nature. Rosen fait aussi attention aux mots.

Orléans, la grande étape avant Paris

La Rochelle, Poitiers, Blois, Issoudun (en ciré), Artenay … Sur la route, Rosen reçoit le soutien d’éluEs. Par son courage, l’originalité de sa démarche, elle suscite des élans de sympathie et fait sauter des verrous, parvenant à rassembler côte à côte, dans la salle des mariages de la mairie de Meung sur Loire, des éluEs de camps opposés.

Dans la journée, de Meung à Orléans, Rosen voit des marcheurs mettre leurs pas abolitionnistes dans les siens : trois « zéromachos » [1], une militante du Front de Gauche, le Président du Forum des Droits Humains, des membres du Mouvement du Nid…

Rosen arrivant donc d’un bon pas, Orléans a voulu donner à son passage, le 4 octobre 2014, l’écho qu’il méritait. Place du Martroi, elle a reçu un accueil chaleureux, saluée par le député maire Serge Grouard (qui a voté en faveur de la PPL). Le soir, une conférence de presse rassemblait un public engagé – éluEs, représentantEs de partis politiques, militantEs du Mouvement du Nid, du Zonta Club, de Mix-Cité, du CIDFF, de l’OSER etc. - avant un ciné débat organisé par le Mouvement du Nid autour du film de Hubert Dubois, Les survivantes. Tous les grands medias ont couvert l’événement : France 3, France Bleu, RCF, Radio Campus, La République du Centre qui a même publié un sujet deux jours de suite.

La mayonnaise prend. De ces rencontres, les retombées ne font pas de doute à voir les signatures de « zéromachos » qui se multiplient. De même, les rangs des marcheurs grossissent à quelques jours de l’arrivée à Paris, devant le Sénat où un grand rassemblement est prévu le 12 octobre (lire ci-dessous) pour saluer la marathonienne de l’abolitionnisme. On attend désormais les sénateurs sur les sentiers de l’hémicycle ; le chemin de l’abolition est-il donc si caillouteux qu’ils ne puissent enfin le gravir ?

Rassemblement d’accueil de Rosen Hicher à Paris

Dimanche 12 octobre à 13h30
Place Saint Philippe du Roule 75008
Infos

Notes

[1L’association Zéromacho rassemble des hommes engagés dans diverses actions de promotion de l’égalité Femmes-Hommes, et dont le point commun est d’affirmer : Je ne suis pas client de la prostitution.


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