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Répression, arrêtés d’interdiction... et si la solution était ailleurs ?

juillet 2014, par Barbara Allix, Claudine Legardinier

Rien de nouveau sous le ciel des communes françaises en matière de prostitution. Les arrêtés d’interdiction succèdent aux arrêtés d’interdiction, les coups de balai aux coups de balai. Alors que la situation se répète d’année en année, de décennie en décennie, voter l’actuelle proposition de loi abolitionniste pourrait permettre enfin une politique concertée, cohérente et plus soucieuse des victimes.

À Albi, à Toulouse, à Lyon, sur les routes de la région de Béziers ou d’ailleurs, la prostitution envahissante – assortie des nuisances liées à la ronde incessante des "clients" - pousse les autorités à prendre des arrêtés d’interdiction. C’est l’éternel retour et l’habituelle impuissance des pouvoirs locaux : plaintes (bien compréhensibles) des riverains, répression policière bruyante, ponctuelle et vite oubliée ; une répression qui, sauf aléatoires PV pour mauvais stationnement posés à des "clients », continue de peser sur la seule personne vraiment visible, la prostituée. A Toulouse, l’adjoint au maire chargé de la sécurité a parlé, pour les quartiers touchés par la prostitution, de quartiers en grande souffrance [1]. Certes. Et personnes en grande souffrance ! Une succession d’interdits ne va aboutir qu’à aggraver l’exclusion des personnes prostituées, le rejet dont elles sont déjà victimes, et à les pousser à multiplier les passes pour payer les PV et espérer survivre.

Face à ce sur-place et à cette courte vue, certaines villes ont préféré ouvrir le chemin à de nouvelles initiatives plus imaginatives, plus cohérentes et plus soucieuses des questions de fond. A Rennes par exemple, la création d’un bus à destination des personnes prostituées mais aussi les marches de nuit destinées à reprendre un espace public qui n’appartient pas aux « clients », sont le résultat d’une mobilisation collective et d’un fructueux travail en réseau rendu possible par la mise en place d’un Comité Femmes dans la Ville et d’un Réseau Prostitution Ille-et-Vilaine. A Strasbourg, les campagnes de sensibilisation en direction des "clients" sont devenues une évidence dans une ville dont les éluEs favorisent depuis longtemps la formation des travailleurs sociaux sur la question de la prostitution. Ces deux villes, qui montrent un souci de pédagogie et non de répression des personnes prostituées, sont investies –ce n’est pas un hasard - dans les politiques d’égalité entre les femmes et les hommes…

Et maintenant ? Voter la proposition de loi de lutte contre le système prostitutionnel pourrait donner un coup de pouce bienvenu en permettant une meilleure articulation des compétences locales et nationales. Si la nouvelle loi n’empêchera pas les communes de prendre des arrêtés, elle engagera un changement de paradigme ; d’une part en ciblant les clients prostitueurs, jusqu’ici inatteignables, mais aussi en étendant le souci de « l’ordre public » à celui de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux programmes de sortie de prostitution. Une réelle volonté politique, ainsi amorcée, pourrait enclencher des coordinations et même des conventions locales entre Préfet, police et associations diverses.

Sans franchir ce nouveau palier, il ne restera qu’à stagner dans l’impuissance actuelle. Pire, à subir une aggravation de la situation. Comment la prostitution ne s’étendrait-elle pas quand les réseaux renaissent incessamment de leurs cendres, quand la crise en fait l’ultime recours et quand l’orchestration médiatique promeut un job branché à coup de vocabulaire fleuri (escorting) et d’images flatteuses (Jeune et jolie) ?

P.-S.

Photo : ©Elodie Sueur-Monsenert
Lors de la manifestation du 23 novembre 2013 contre les violences faites aux femmes, sous le signe de l’abolition, les manifestantEs réclament la fin de la pénalisation des personnes prostituées.

Notes

[1Un arrêté anti prostitution bientôt en vigueur à Toulouse, AFP, 21 mai 2014.


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