dernière mise à jour ¬ 13/09/19 | vendredi 13 septembre 2019 | je m'abonne | sommaires

Jeffrey Epstein, un prédateur sexuel parmi d’autres

septembre 2019, par Claudine Legardinier

Le suicide apparent, le 10 août 2019, du milliardaire américain Jeffrey Epstein, 66 ans, dont le procès pour « trafic sexuel » sur mineures devait se tenir en 2020, met-il opportunément un couvercle sur des révélations gênantes ? En France en tout cas, une enquête a été ouverte le 23 août dernier. Le Mouvement du Nid a demandé à se constituer partie civile.

Arrêté le 6 juillet 2019 aux Etats-Unis pour « trafic sexuel » alors qu’il rentrait de Paris à bord de son jet privé, Jeffrey Epstein, ancien gérant de fonds spéculatifs, fréquentait le gratin des milieux politiques et financiers. Son suicide, qui ne manque pas de susciter des interrogations, survient alors qu’il encourait une peine de prison à perpétuité.

Le milliardaire aurait ainsi organisé, au minimum de 2002 à 2005, un réseau constitué de dizaines de jeunes filles mineures (parfois âgées de pas plus de 14 ans) qu’il agressait sexuellement ou violait contre cadeaux ou rémunération. Bien connu de la justice américaine, il avait déjà été condamné en 2008 pour avoir entretenu un réseau de prostitution de mineures dans sa demeure de Palm Beach, en Floride. Mais alors que l’acte d’accusation était si conséquent que l’homme risquait la prison à vie, il s’en était sorti avec une peine ridicule de 13 mois, suite à un accord très controversé avec un procureur fédéral, Alexander Acosta ; procureur devenu depuis ministre du travail de l’actuel président Donald Trump et qui a du démissionner le 12 juillet dernier suite à ces largesses.

Un carnet noir particulièrement fourni

Le nom de Donald Trump, qui faisait régulièrement partie des nombreux puissants invités par Epstein dans ses jets privés ou à ses soirées (au point que le président l’avait en 2002 qualifié de « type génial ») est abondamment cité dans cette affaire. Mais il ne devrait pas se sentir seul, aux côtés, entre autres, de l’ancien président démocrate Bill Clinton ainsi que du prince Andrew, fils de la reine Elizabeth. D’autres noms connus étaient semble-t-il consignés dans le « carnet noir » de Monsieur Epstein.

A la tête d’une organisation bien huilée, l’homme payait certaines jeunes filles pour qu’elles recrutent de nouvelles proies. Il avait ainsi pu "tisser une toile de victimes en constante expansion", selon le procureur fédéral Geoffrey Berman. Une kyrielle de secrétaires et recruteuses parachevait ce travail de « collecte ». "Il y a des dizaines de victimes à New York et des dizaines de victimes en Floride", a fait savoir le procureur, en leur demandant de sortir de l’ombre et de se manifester. Pour les victimes, la mort de Jeffrey Epstein est une catastrophe. Alors qu’elles estimaient déjà n’avoir jamais été entendues et qu’elles mettaient en cause l’indulgence dont avait bénéficié le milliardaire en raison de sa fortune et de ses relations haut placées, elles voient disparaître leur espoir de son procès en 2020.

Des ramifications en France

Arrêté à son retour de Paris, le milliardaire venait de passer plusieurs semaines dans son luxueux appartement de l’avenue Foch. Alertant sur la possible existence de victimes françaises et affirmant détenir des éléments, l’association de protection de l’enfance Innocence en Danger avait demandé dès juillet l’ouverture d’une enquête. Le parquet a donné suite à cette demande en ouvrant en août une enquête pour viols et agressions sexuelles, notamment sur mineures. Dans le cadre de ces investigations, un appel à témoins a été lancé le 11 septembre et trois victimes présumées ont déjà été entendues. Le Mouvement du Nid a demandé à se constituer partie civile, pour apporter son analyse et son expertise de la prostitution des mineur·es.

Jean-Luc Brunel, directeur d’une agence de mannequin dont le siège est aux Etats-Unis et accusé de viols par d’anciennes top-modèles, est par ailleurs dans le collimateur de la justice, au motif qu’il aurait été l’un des "principaux pourvoyeurs" d’adolescentes du milliardaire américain.

La prédation sexuelle, rémunérée ou non, reste décidément une des prérogatives du pouvoir. Les affaires succèdent aux affaires et les noms d’hommes qu’il est difficile de soupçonner de « misère sexuelle » défilent à la une des medias : Strauss Kahn, Epstein sans oublier les pédocriminels en soutane… Tous détenteurs de la force que donnent la célébrité, l’autorité ou l’argent, tous adeptes d’un entre-soi masculin fondé sur la puissance que confère l’exploitation sexuelle des femmes et des plus jeunes. Tous coupables de violences que les victimes payent au prix fort, souvent marquées à vie.


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