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Amsterdam ou comment gérer l’ingérable

septembre 2019, par Claudine Legardinier

Trop c’est trop. La mairesse d’Amsterdam, Femke Halsema (gauche verte), élue en 2018, a lancé une consultation sur le contrôle de la prostitution dans le quartier rouge, en proie à une invasion de touristes plus ou moins éméchés dont les « enterrements de vie de garçon », entre autres, ne sont pas faits pour valoriser un quartier classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les voyages low cost, le parfum sulfureux de l’herbe et des vitrines, ont fait de la ville une destination saturée : 19 millions de visiteurs par an, 1 000 visites guidées par semaine dans le quartier rouge.
Criminalité, trafics de toutes sortes (drogues et êtres humains), troubles de voisinage, saleté, la mairesse se dit confrontée à « un monstre multiforme ». La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la multiplication des comportements grossiers des fanas du selfie. Leur « manque de respect » pour les femmes prostituées a enflammé les élus. C’est ainsi que la nouvelle édile a décidé d’avancer des « solutions » : fermer les vitrines du centre historique, rendre la prostitution invisible de la rue, créer une zone de prostitution dans un lieu excentré... Le tout en rassurant les partisans du « travail du sexe » : il n’est pas question d’empêcher son exercice, légalisé avec celui du proxénétisme depuis 2000.
En clair, on tient là des méthodes qui ont toujours fait la preuve de leur parfaite inefficacité pour répondre aux problèmes de traite et de criminalité. Depuis des siècles, les autorités s’évertuent à tenter de civiliser ce quartier tout en lui conservant son inestimable vocation de bordel à ciel ouvert. Des millions d’euros ont été dépensés ces dernières années. En vain.
Un quartier de prostitution est un lieu où des hommes se croient autorisés à une forme de dégazage. Aussi bien en urinant n’importe où qu’en traitant les femmes qu’ils exploitent avec un parfait mépris, voire avec un « permis de violence ». Il semble que les édiles néerlandais ne s’en soient pas encore aperçus.
C’est donc avec une grande ingénuité qu’ils condamnent dans le même temps le fait de photographier sauvagement des femmes comme des animaux de cirque et continuent de garantir à des hommes le droit
de les harceler sexuellement en leur imposant leurs pires fantasmes. Et qu’ils ferment les yeux par exemple sur les boutons d’urgence prévus dans tous les bordels pour appeler au secours. L’existence même de ces objets, preuve absolue de la dangerosité des « clients », n’est-elle pas un pire scandale que des photographies intempestives ?
Une nouvelle fois, un pays réglementariste montre ses incohérences comme son incapacité à pousser la réflexion au delà de problèmes de forme. On préfère faire semblant de colmater les fuites d’un navire qui prend l’eau de toutes parts. La vérité, c’est que rien ne doit remettre en cause le sacro-saint bon droit des « clients ». La raison en est simple : les 100 millions de dollars annuels[1] puisés dans leur poche pèsent infiniment plus lourd que le respect théoriquement dû aux femmes.


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