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Carlton. Un fief du droit de cuissage.

décembre 2011, par Claudine Legardinier

En traitant l’affaire du Carlton comme une exception renversante, on évite d’aborder la question qui fâche. Comment, au 21e siècle, peut encore régner ce qui s’apparente à un droit de cuissage dans les cercles du pouvoir et de l’argent ?

Au Carlton et ailleurs, comme le dit une « hôtesse [1] » entendue dans cette affaire, une « partie fine » sert à « mettre de l’huile dans les rouages ». Elle décrit les bars où des flambeurs, souvent issus du milieu du BTP, viennent célébrer la vente d’un bien ou la fin d’un chantier : La soirée revient de 300 à 500 euros par client, et ils trouvent sur place l’ambiance, le champagne et les filles. Ce genre d’extra permet de faire du lobbying en laissant moins de traces sur le compte en banque qu’un pot de vin. 

Aussi simple que ça. Pour récompenser un monsieur important, s’attirer ses faveurs, emporter un marché ou le faire chanter s’il a des intentions politiques, rien ne vaut l’usage de la bonne vieille marchandise féminine. Savamment emballée, tel un paquet cadeau, elle fait un parfait pendant à la Rollex que l’homme épris de réussite arbore au poignet. Formatée et surtout parfaitement interchangeable.

La voilà donc, la présence des femmes dans les milieux d’affaires ! A eux les discussions, les opinions, les décisions. A elles la décoration. Ils sont droits dans leurs bottes, elles sont reléguées à leur rôle de toujours ; horizontal de préférence. La beauté, le chic, la classe… Sans doute. Si un diplôme ne nuit pas pour donner la réplique et ne pas démériter dans les dîners mondains, l’art à cultiver est avant tout celui de savoir se taire, d’opiner du bonnet, de flatter le bon payeur et de se plier à toutes ses exigences. Toutes.

Si les conseils d’administration sont toujours aussi masculins, qu’on se rassure. Les bordels de Dodo la Saumure restent bien féminins. Respect des traditions : chacun sa place, chacun ses repères. Dans la lucarne du Carlton, tout est dit sur le statut des femmes dans la société et dans les esprits. Prostituée à l’écran plus souvent qu’à son tour, prostituée dans la vie pour booster des affaires qui se mènent de la seule manière sérieuse qui soit : entre hommes.

Que ladite marchandise revendique à l’occasion son statut de marchandise en le brandissant comme une preuve de sa liberté ne change rien au problème de fond. Le fait qu’une femme soit encore et toujours un jouet, un outil, un trophée. Quand bien même elle le voudrait – ou le vaudrait - bien.

Notes

[1Le Figaro, 4 novembre 2011. prostitution-dans-les-coulisses-des...


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