dernière mise à jour ¬ 30/03/17 | jeudi 30 mars 2017 | je m'abonne | sommaires

La Marcheuse

Naël Marandin, 2016

février 2016, par Rachel Lipman

Porté par des actrices non professionnelles, un premier long métrage bien documenté sur la prostitution à Belleville, qui peine pourtant à convaincre.

Lin Aiyu, immigrée chinoise clandestine, vit à Belleville avec sa fille préadolescente dans le grand appartement d’un vieil homme grabataire. Logée par le fils de ce dernier, en contrepartie d’un travail d’aide à domicile, elle est prostituée le reste du temps.

Malgré la volonté palpable de faire le portrait sensible de cette femme, le film n’arrive malheureusement pas à nous entraîner dans cette histoire aux conflits répétitifs. Le récit commençait pourtant plutôt bien. Quand le voisin de Lin, dès le début du film, s’impose dans sa vie par la violence, une négociation s’engage entre eux dans un rapport de force clairement en défaveur de la femme.

Facile en effet pour l’homme de se poser en proxénète parasite auprès d’une personne sans papiers, en lui demandant de régler sa dette de petit malfrat.
Lin, femme pragmatique, lui propose alors en échange un mariage blanc. Un semblant de relation s’instaure, mais la mise en scène échoue à transmettre aux spectateurs ce qui se joue entre les personnages.

Pour se débarrasser de l’intrus, la fille de Lin lui donnera une bien mauvaise idée : voler les bijoux de famille du vieil homme. Après ce forfait, il disparaît, mais le vol provoque une descente de police. C’est grâce aux relations dans la police d’une de ses amies prostituées que Lin évitera l’expulsion du territoire... mais ça ne sera pas sans contrepartie sexuelle de la part des deux femmes.

Le film est bien documenté, mais on se demande pourquoi il évite soigneusement la question des réseaux chinois de prostitution qui sont pourtant une réalité. On aurait aussi aimé voir dépeinte la fracture sociale évoquée au sein même de la communauté chinoise entre les riches et les pauvres. Les premiers méprisant et exploitant les derniers. Faute d’un point de vue fort assumé par une vraie proposition de mise en scène, le film devient un constat réaliste sans relief.

Mais reconnaissons lui néanmoins de ne pas faire dans la complaisance : l’exploitation sexuelle y rôde comme une menace permanente, comme une prison, une marche sans fin dont on n’échappe pas.


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