dernière mise à jour ¬ 15/05/18 | mardi 15 mai 2018 | je m'abonne | sommaires

Là où les putains n’existent pas

Ovidie, 2018

février 2018, par Sandrine Goldschmidt

L’histoire d’Eva Maree, dite "Petite Jasmine", est tragique. En juillet 2013, elle a été assassinée par son ex-conjoint, dans le cadre d’une visite à ses enfants. Ces derniers, un fils et une fille, lui avaient été retirés suite à un signalement pour prostitution quatre ans auparavant. Victime d’un homme violent donc, et aussi d’agissements de services sociaux iniques - une vingtaine d’autres personnes de la même ville se sont d’ailleurs plaints des mêmes services sociaux, pour placement abusifs, cette fois pas du tout liés à la prostitution. 


L’histoire d’Eva-Maree est d’autant plus triste, qu’en plus d’être victime de la violence masculine, comme dans tous les pays, de l’injustice en matière d’affaires familiales, malheureusement si courante en patriarcat [1], elle est aussi régulièrement utilisée depuis par les lobbys pro "travail du sexe" pour tenter de discréditer le "modèle suédois" en matière de prostitution.

Le documentaire réalisé par Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice de films dans l’exploitation sexuelle filmée, et militante anti-abolitionniste, est en effet structuré de façon à amener le spectateur à conclure que la Suède est un mauvais modèle, à relier l’émotion ressentie pendant la première moitié du film, où s’expose la souffrance vécue par les parents, à des témoignages à charge contre la loi sur la prostitution, assénés ensuite les uns après les autres. Il n’y a pas de lien entre les deux, mais le simple fait d’accoler ces deux moments narratifs, associés au titre Là où les putains n’existent pas, suffit à faire l’amalgame.

Et c’est ce qu’on pourra regretter dans le film d’Ovidie. Pas de nous raconter une histoire tragique, exemplaire de ce que vivent les femmes et les mères en patriarcat, mais bien d’utiliser encore et encore la mort de cette femme, pour nourrir la propagande contre la loi abolitionniste suédoise, le tout diffusé comme par hasard deux mois exactement avant les deux ans du vote de la loi inspirée du même modèle en France...

Notes

[1Tous les jours en France, l’association SOS les mamans dénonce des décisions de justice favorables à des pères également coupables de violences conjugales.


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