dernière mise à jour ¬ 20/07/17 | jeudi 20 juillet 2017 | je m'abonne | sommaires

Zack Snyder

Sucker Punch

Drame, 2010

mai 2011, par Nicolas Journet

Méfiez-vous des contrefaçons… À la sortie du récent Sucker Punch, certains critiques ont cru y voir un film féministe. Le marketing entourant sa sortie a même joué de cet argument. Notamment dans le dossier de presse que beaucoup de journalistes se contentent de recopier servilement. Cette communication ciblée était plutôt bien pensée.

Zack Snyder avait jusqu’alors la réputation d’un réalisateur au style plutôt bourrin, se faisant connaître par le remake du Zombie de Romero (L’armée des morts), et enchaînant par l’adaptation de comics (300, Watchmen…). Il n’y avait pas vraiment l’expression d’un féminisme forcené dans ses précédentes productions. Loin de là. Ses œuvres antérieures étaient plutôt l’expression d’une virilité fantasmée, dénotant au milieu d’une esthétique très jeu vidéo une incapacité fondamentale à comprendre le deuxième sexe. Les rares personnages féminins qu’il y mettait en scène étant soit de douces amoureuses soit des nymphomanes lubriques.

Vendre Sucker Punch comme une ode au féminisme permettait à Zack Snyder de prétendre au rang d’auteur. Il n’était plus seulement un excellent faiseur maîtrisant comme peu les effets spéciaux. Il avait un propos, il pouvait faire sens, avec une volonté affichée de s’extraire du carcan hollywoodien bien-pensant pour aller flirter avec ce qu’il pensait être du politiquement incorrect. Vous pensez ! Prôner l’égalité homme/femme : mais quelle folie ! Dans cette démarche plus que construite, façon plan de communication, le titre a valeur de slogan. Sucker Punch est difficile à traduire littéralement, mais signifie en gros un coup adressé par ruse ou par traîtrise, un coup bas, un "coup de pute" si l’on veut coller au registre de langage de la version originale… Jouant au petit malin, Zack Snyder prétend ainsi user du grand spectacle comme leurre pour raconter au spectateur une histoire subversive sur la condition féminine.

Et quelque part, il arrive à donner le change. Les premières minutes y sont pour beaucoup, lançant l’histoire sur des bases puissantes. À la mort de sa mère, la jeune Baby Doll et sa sœur se retrouvent à la merci d’un beau-père tyrannique cherchant à récupérer leur héritage et à profiter sexuellement d’elles. Au cours d’une tentative de viol, Baby Doll tue accidentellement sa soeur, et se voit internée par le beau-père en asile psychiatrique. Là-bas, au milieu d’autres filles perdues, dans l’attente d’être lobotomisée, elle s’invente un monde imaginaire où l’asile est un cabaret-bordel de luxe, l’infirmier en chef le maquereau du lieu, et la psychiatre la meneuse de revue.

À chaque danse que Baby Doll doit effectuer pour les clients du lieu, elle plonge dans une nouvelle aventure spectaculaire, la faisant affronter samouraïs et autres dragons. Mêler ainsi les niveaux de réalité souligne un aspect essentiel de la prostitution : la déconnection mentale au moment de l’acte tarifé pour ne pas trop en souffrir psychiquement.

C’est à ce niveau-là et là seulement que Zack Snyder arrive à se placer dans un point de vue féminin. Fort judicieusement, les danses en question ne sont d’ailleurs pas filmées, frustrant le spectateur masculin qui n’attend que cela. Sinon, le reste du film renvoie plutôt au catalogue de clichés machistes. Dans son imaginaire, Baby Doll se voit en nymphette à jupe plissée tout droit sortie d’un manga, pistolet à la main et partenaires d’évasion aussi courtes vêtues qu’elle et bien sûr tout en cuir.

Il y a clairement du Tarantino chez Zack Snyder. Sucker Punch renvoie souvent à Kill Bill ou à Boulevard de la mort. L’un comme l’autre filment des jeunes femmes sexy en but au pouvoir des hommes (symbolisé par une féroce agressivité sexuelle) et n’hésitant pas à les défier en retour sur leur terrain de jeu : la violence physique. Ce n’est pas que la démarche soit détestable. Elle est même parfois jouissive : pour une fois que sur pellicule se fait mettre KO le sexe fort…

Mais jamais au grand jamais elle ne peut se targuer d’être féministe. Le "girl power" sous toutes ses formes (cinématographiques, musicales, vestimentaires…) n’est qu’une projection masculine sur les femmes, en aucun cas la défense de leurs droits… qui peut très bien se faire en pantalon et sans arme à feu !

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société numéro 172.


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