Les condamnés à mort sont rendus moralement inhumains, sans personnalité juridique. « Les prisonniers offrent à l’expérimentateur des groupes observables et sous contrôle ». Les esclaves et les colonisés sont des sujets soumis et sans importance. Les pauvres ont « un corps qui apparaît comme un bien public exploitable et appropriable ».
Et les prostituées, par leurs "choix’" de vie, leur place dans la hiérarchie sociale, ne méritent aucun égard. Ces êtres aux vies négligeables furent les sujets d’expériences de dissection, d’inoculation de la variole ou de la syphilis, de traitements variés et dangereux.
Pourquoi ceux-là ont-ils supporté les risques de l’innovation médicale ? À cause de « leur moindre valeur, et par le fait de leur infériorisation ou de leur exclusion ».
Exemple édifiant parmi cent autres, dans cette étude historique dense et précise : celui de l’inoculation de la syphilis sur des prostituées. Un médecin allemand la justifie en 1860 par le fait que ces femmes qui ont « librement choisi ce métier, s’exposent à la contamination dans leur vie quotidienne. Le médecin ne ferait que reprendre de façon méthodique cette expérimentation sauvage préexistante ».
La responsabilité est ainsi renversée : les expérimentateurs sont dédouanés, et les sujets de l’expérimentation responsables. « Comme si la précarité de la vie ouvrait pour autrui le droit à la précariser davantage »,en conclut l’auteur.
Quand la notion de consentement n’est évoquée que pour être raillée, que la contrainte et la ruse sont employées pour forcer les sujets d’expérience récalcitrants, et que « la glorification de l’Humanité sert à justifier le meurtre de quelques-uns »,certaines catégories d’humains sont considérées comme trop viles pour bénéficier de quelconques normes éthiques.








