dernière mise à jour ¬ 27/07/17 | jeudi 27 juillet 2017 | je m'abonne | sommaires

Grizelda Grootboom

Exit !

Blackbird Books

mai 2017, par Sandrine Goldschmidt

Le livre n’est pas (encore) traduit en Français. Mais il fait partie de ces témoignages qui peuvent ouvrir les yeux du public sur la réalité mondiale de la prostitution. Grizelda Grootboom est une survivante sud-africaine de la prostitution. Son histoire est une histoire de conditionnement par les violences, et les violences sexuelles, répétées, dans un système d’exploitation des femmes au profit des hommes.

Nous avons rencontré Grizelda Grootboom via l’association « Embrace Dignity », notre partenaire dans CAP International, association qui aujourd’hui milite pour l’adoption de « l’Equality Law » en Afrique du sud, une loi contre les violences faites aux femmes calquée sur le modèle suédois en ce qui concerne la prostitution. Grizelda était présente en Inde au congrès de CAP international en janvier, puis à la CSW61, la convention pour les droits des femmes de l’ONU en mars à New York. C’est une femme exceptionnelle, qui a subi toutes les violences, puis a réussi sa sortie (« exit ») de la prostitution, d’abord seule, puis à l’aide d’Embrace Dignity, et milite maintenant pour que cela n’arrive plus aux autres.

Grizelda, abandonnée par sa mère, a vécu chez son père avant que celui-ci, à son tour, l’abandonne. A ce moment là, elle se retrouve en foyer dans les townships du Cap, ou dans la rue. Enfant, elle a été victime d’un viol collectif. La suite de son parcours sera semé de multiples violences sexuelles. Celles de la rue, lorsque la police lors d’arrestations multiples libère les jeunes filles « en échange de fellations », celles des protecteurs, celle des foyers. Celle d’une amie qui la « vend », à son arrivée à Johannesbourg, à un gang qui, pendant 2 semaines, la séquestre, l’affame (sa bouche est fermée par du scotch puissant), la drogue, la bat et la fait violer par de multiples hommes, avant de la jeter à la rue. Une accumulation de violences et d’abandons qui la mènent rapidement à la prostitution et à la drogue, la drogue étant la condition pour pouvoir supporter ces violences.

Aucun client ne l’a considérée comme une personne

Son seul objectif, explique-t-elle, était d’avoir assez de drogues à tout moment. Après la prostitution de rue, de route, après de multiples étapes, elle se retrouve dans un bar à hôtesses, toujours victime de violences, toujours sans perspectives, toujours addict, à la fois à la drogue et au sexe, « qui allaient ensemble » dit-elle. Sur sa route, toujours, des proxénètes qui l’exploitent. Fait notable, tous ces proxénètes qui oeuvrent en Afrique du sud font partie des réseaux mafieux nigérians. Ce parcours se poursuit jusqu’à ce qu’elle finisse par avoir un enfant (après un abandon et un avortement non souhaité), et commence le lent chemin -il prendra plusieurs années- de la sortie de prostitution.

Des clients, Grizelda a retenu un point commun. Violents, non-violents, venant pour le sexe ou, pour certains, seulement pour parler, ils ne sont pas tous les mêmes. Mais tous, sans exception, n’ont jamais exprimé le moindre intérêt pour elle, pour son histoire, pour son désir. Aucun ne l’a considérée comme une personne.

Aujourd’hui abolitionniste militante, elle souligne combien il est important, pour changer les mentalités et faire évoluer les politiques publiques, que les survivantes montent au créneau, quand elles sont en capacité de le faire. Pour elle, c’est cela qui peut faire la différence. Voici ce qu’elle écrit sur elle même (extrait) :

« Qu’est-ce que je réponds aux gens qui me demandent qui je suis ? Je dis que je suis une accro à la drogue qui s’en est sortie. Ce qui m’a amenée à la drogue, c’est d’avoir été victime d’un viol collectif à 9 ans. Je n’ai pas choisi d’être prostituée parce que j’aimais ou que voulais de la drogue. Je n’ai pas non plus été « obligée » au « travail du sexe ». Certains groupes militent pour que la prostitution soit décriminalisée parce que des filles (et des garçons) sont forcées à la prostitution. Mais je pense vraiment qu’il nous faut reconnaître les conditions sociales qui existent dans nos sociétés et qui entraînent ce type d’exploitation. Il y a eu des événements dans ma vie qui m’ont conditionnée au « travail du sexe » et à la drogue, et ce conditionnement a eu lieu avant que je sois victime d’exploitation (…) donc je n’ai pas été « forcée » à la prostitution mais c’est le conditionnement social qui entraîne les enfants comme moi dans les filets de l’exploitation . »


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