dernière mise à jour ¬ 13/12/18 | jeudi 13 décembre 2018 | je m'abonne | sommaires

Mona Chollet

Sorcières

décembre 2018, par Sandrine Goldschmidt

L’essai de la journaliste du Monde diplomatique sorti début septembre connaît un succès mérité. En redonnant vie aux sorcières dans notre monde contemporain, elle trace avec intelligence un fil entre le Moyen-Age et aujourd’hui, qui permet de mieux comprendre les difficultés que rencontrent encore les femmes de notre temps pour se faire entendre et reconnaître comme des être humains à part entière.

Ce fil, nous montre que depuis le temps de la chasse aux sorcières – un immense féminicide dont l’histoire ne sera jamais pleinement connue, la domination patriarcale a tout fait pour rendre impossible aux femmes l’accès à l’égalité. Ainsi, les sorcières qui ont connu le bûcher, étaient « les mauvaises mères » « les femmes de science », les célibataires, toutes celles finalement qui souhaitaient être indépendantes d’un homme : mari, père, frère, fils, patron, seigneur...toutes celles qui se refusaient au sacrifice intégral de leur vie personnelle au profit de leurs propriétaires, et des enfants dont elles avaient la responsabilité exclusive.
Or, aujourd’hui, nous montre Mona Chollet, la situation n’a pas tellement changé. Tout est fait pour que les femmes, même ultra-compétentes, ne choisissent pas la science ou la médecine –exemple, le fameux « esprit carabin », en réalité un vrai harcèlement sexuel, les en empêche encore. Tout est fait pour que le fait de ne pas vouloir d’enfant soit encore vu comme une hérésie par la société. Tout est fait pour que les femmes pensent que si elles ne se conforment pas à un modèle de « jeune et belle », elles se pensent condamnées à la solitude.

Particulièrement intéressante est la place qu’elle donne ainsi aux vieilles femmes, encore plus invisibiles que les femmes en général, ou alors décrites comme des sorcières si elles ne cèdent pas aux diktat de « l’anti-âge », du cheveu teint ou si elles ne renoncent pas à toute vie sexuelle et affective à la ménopause...

Le mal a donc été fait et bien fait. Mona Chollet nous montre comment la puissance des femmes, ce qui a été brûlé à l’époque empêche les femmes de mener une vie émancipatrice et émancipée encore aujourd’hui. Elle montre aussi comment cette émergence d’un patriarcat brutal, a en même temps massacré les femmes et la nature, en instaurant un monde rationaliste et capitaliste sans âme.

Concluons en disant que Mona Chollet ne livre pas un essai sans espoir. Elle nous montre bien comment, même si la société la rejette, la sorcière des temps modernes, la féministe, la femme aux cheveux blancs, la femmes sans enfant, n’en est pas moins une femme créatrice, dont la puissance émancipatrice oblige la société à enfin entendre la parole des femmes [1].

Notes

[1le titre intégral de l’essai est : « Sorcières, la puissance invaincue des femmes ». Editions Zones, 2018, 232 pages


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