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Sous la direction de Roland Coutanceau et Muriel Salmona

Violences conjugales et famille

Dunod, 2016

décembre 2016, par Christine Laouénan

Le couple et la famille demeurent actuellement une zone de non-droit où, sous couvert d’amour et de préservation de l’espace privé, les pires violences sont exercées.

D’où l’intérêt de cet ouvrage, dirigé par deux psychiatres : Muriel Salmona, chercheuse en psychotraumatologie et en victimologie, et Roland Coutanceau, spécialiste des violences conjugales. Les auteurs se consacrent aux victimes et aux auteurs de violences conjugales, mais également à leurs enfants, afin d’aider les professionnels à mieux accompagner et prévenir ce phénomène. Comprendre pourquoi on tolère un comportement intolérable, c’est aussi comprendre comment on peut en sortir, explique Marie-France Hirigoyen qui a préfacé ce livre. Dans cet ouvrage, Judith Trinquart, médecin légiste, met en lumière les liens trop méconnus entre violence conjugale et prostitution.

Des violences intergénérationnelles

La violence ne s’installe pas par hasard au sein d’un couple. Auteurs comme victimes ont très fréquemment subi des violences dans leur enfance ou ont été témoins de violences conjugales. Très jeunes, ils ont subi une dissociation traumatique qui les a déconnectés de la réalité de la violence et les a anesthésiés émotionnellement. L’homme violent peut rejouer à l’encontre de sa conjointe victime des scènes traumatiques de son passé.
Au nom d’une prétendue supériorité, l’homme exerce sur sa conjointe une manipulation quotidienne pour mieux la maintenir sous son joug et la réduire à un statut d’objet.
Décrits par Roland Coutanceau comme des êtres immatures et égocentriques, les hommes sujets à des actes de violence souffrent d’une angoisse d’abandon ; d’où ce besoin de contrôler physiquement ou psychiquement leur conjointe.

Plus elle est sous emprise, moins elle réagit aux violences subies. Peu accoutumés à mettre en lumière et nommer leurs émotions, ces hommes violents s’expriment par les coups aux dépens des plus faibles, jugés comme inférieurs.

Les enfants qui sont visés par cette rage destructrice souffrent de stress post-traumatique, de dissociation ; ils apprennent également qu’au sein de la cellule familiale, la loi du plus fort l’emporte.

Violences conjugales et prostitution

La violence conjugale fait le lit d’autres violences associées, notamment les violences sexuelles et parmi elles, la prostitution, estime Judith Trinquart, médecin légiste.
Violences conjugales et prostitution ont en commun des facteurs de vulnérabilité (carences affectives, violences sexuelles) et des mécanismes de la violence exercée sur la victime (isolement social, dévalorisation, culpabilisation, climat de peur et d’insécurité...).

Violences conjugales et prostitution peuvent s’associer de deux manières.
Des victimes de violences conjugales peuvent être prostituées par leur conjoint, qui les prête à d’autres hommes contre rémunération. Un engrenage inextricable, pour peu que la victime soit sous emprise. Judith Trinquart met également en lumière des mises en situation de prostitution conjugale plus subtiles. Au nom d’une sexualité libérée ou de pratiques sexuelles ouvertes, certains conjoints conduisent leur compagne dans des soirées échangistes. Peu à peu, ils se font rémunérer pour l’usage sexuel que d’autres auront de leur conjointe.

Parallèlement, des personnes prostituées sont également victimes de violences conjugales où le proxénète entretient avec la femme qu’il prostitue une relation de conjugalité violente, lui faisant croire que leur relation est exclusive, précise ce médecin légistes. Comme les auteurs de violences conjugales, les proxénètes alternent des violences extrêmes avec des périodes de “lune de miel” afin de mieux maintenir leur victimes sous emprise.

Il est difficile de faire émerger les situations de violences sexuelles et en particulier de prostitution au sein d’un couple, notamment en raison du silence coupable et de la honte des victimes. Il est essentiel de sensibiliser les professionnel.le.s à cette réalité, afin d’optimiser l’accueil et le suivi de cette population particulièrement victimisée, conclut Judith Trinquart.

P.-S.

Cet article est paru dans le numéro 190 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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