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Frédéric Joignot

Gang bang. Enquête sur la pornographie de la démolition

2007, Seuil, collection non conforme

janvier 2008, par Elise Guiraud

En dépit d’un ton naïf souvent crispant, Frédéric Joignot a le mérite de dresser un portrait lucide, assorti de nombreux exemples, des ficelles des films pornographiques.

Frédéric Joignot, romancier et journaliste, collaborateur de Libération, co-fondateur du magazine Actuel, n’est pas le premier nom qui vient à l’esprit lorsque l’on pense ordre moral. Il confie son goût pour les films pornographiques, légendes d’adultes, (...) contes de fées pleins de magie noire.

Parce que la vie n’est pas un conte de fées, Frédéric Joignot découvre que ces productions pornographiques réservent de mauvaises surprises. On y martyrise à tour de bras des jeunes femmes au bord de la suffocation, de la nausée, de l’hémorragie ; on a l’impression d’assister à un viol (...) l’ultra-hard, c’est vraiment très dur, signale candidement l’auteur.

Au-delà de ce ton naïf souvent crispant, Frédéric Joignot a le mérite de dresser un portrait lucide, assorti de nombreux exemples, des ficelles des films pornographiques. La porno, c’est l’usine des mauvais coups, l’antique affaire d’expédition vengeresse sur une femme ; à l’écran, la preuve qu’une femme éprouve quelque chose, c’est sa réaction à la violence. Sur le tournage, l’atmosphère de surenchère dans l’humiliation (...) libère des pulsions sadiques dont les "actrices" font les frais.

Dans ce plaidoyer qui échappera peut-être, grâce à la notoriété de son auteur, à l’accusation de délire puritain, Joignot réfléchit aussi à l’insignifiance de la notion de "consentement", donne la parole à des "actrices" qui évoquent leurs fans — des hommes ulcérés par les acquis récents en matière d’égalité des sexes, heureux de voir des femmes payer pour toutes les autres.

Est-ce parce que Joignot ne veut pas détourner le lecteur du plaisir, ou l’inquiéter outre mesure ? Sa démonstration finale — comment en finir avec la démolition — se heurte à une aporie : agir sur les symptômes d’un système de domination tout en niant que ce système existe. Il ne retient des analyses féministes qu’une soit-disant volonté prohibitionniste ; et réclame un syndicat de travailleurs du sexe tout en citant longuement les "actrices" qui témoignent de l’impossibilité de s’unir dans un milieu où elles sont payées pour être un rebut plus vraiment humain, qui peut tout subir. On est loin des vieilles couvertures d’Actuel, qui clamait en son temps : À bas la société mâle !.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 157 / avril - juin 2007


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