dernière mise à jour ¬ 29/11/19 | vendredi 29 novembre 2019 | je m'abonne | sommaires

Katy Bérys, avec André Cortial

Les pavés de la soumission

Préface B.Lemettre, « La belle plume », avril 2019

juillet 2019, par Christine Laouénan

Dans son autobiographie, Katy Bérys qui a quitté la prostitution depuis plus de 30 ans, témoigne de ses années de « soumission » à un mac tortionnaire pour pouvoir protéger les siens.

« Souvent, les filles rencontrées sur le bord des routes ou sur les trottoirs des agglomérations y sont à cause des menaces de mort faites à l’encontre de leurs enfants ou de leurs familles. Les filles subissent une pression de tous les instants, et elles endurent d’inimaginables menaces de représailles... ».

Katy Bérys témoigne, dans ce poignant récit de vie, des actes d’extrême violence qu’elle a dû subir pendant des années de la part de son mac, Mau, pour protéger son fils du pire.
Katy n’a que mépris pour son proxénète qui sympathise avec le gang des Lyonnais, cette bande de gangsters spécialisée dans les vols à main armée qui sévissait dans la région durant les années 1970. Loin d’être « comme les membres actifs du gang, de vrais durs au mental d’acier, Mau n’est juste bon qu’à jouer au « mac »… Il n’a pas de couilles pour faire autre chose », constate-t-elle désabusée.

Et pourtant, Katy est contrainte d’accumuler les passes au bord de la nationale7 pour éviter les représailles de ce « mange-bidet ».
« Lorsque je répliquais, c’est-à-dire à chaque occasion, il y avait des abattages dans les foyers, dans les résidences et sur les docks ». Enfermée dans des pièces immondes avec une paillasse au centre, Katy subissait alors des passes à la chaîne sans avoir « jamais vu ou reçu une piécette ».
A cette époque Katy entend parler d’Ulla qui, avec une centaine de prostituées, investit l’église Saint-Nizier à Lyon pour obtenir « protection sociale et respect ». Cette « pasionaria de la révolte de Lyon » qui se vantait d’être libre de tout proxénète, reconnaîtra pourtant plus tard qu’elle était maquée, à l’instar de « 98% des filles ».
Comme Ulla, Katy dénie qu’elle a un « mac » lors des différents contrôles de police « pour sauver sa peau. C’est trop dangereux de dire la vérité… ».

L’arme salutaire
« La prostitution est un milieu fermé et sans un concours de circonstances ou une occasion providentielle, les filles ne s’en sortent jamais seules ».
Katy l’ignore, mais en 1981 le milieu de la prostitution est sous étroite surveillance. Alors que la police fait une perquisition dans son appartement, elle trouve un 357 Magnum caché dans les toilettes. La découverte de cette arme sera salutaire à Katy.
Enfermée au Fort Montluc, elle bénéficie d’une libération conditionnelle en échange d’un travail dans un atelier de réinsertion géré par l’Amicale du Nid. Dans les années qui suivent, la jeune femme quittera Lyon pour Nîmes où elle s’investira ensuite au sein de l’équipe du Mouvement du Nid.
« Sans les actions du Nid et sa détermination, je peux affirmer que nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui… », conclut-elle.

Katy sait que son silence fut également la condition de sa libération. Alors que Mau, son mac, passe en procès en 1983, la jeune femme se soumet encore une fois à la loi implicite du milieu en ne le dénonçant pas. Condamné à cinq ans de prison ferme pour proxénétisme, il exige néanmoins que Katy règle sa dette -d’un montant de 1 000 frs- pour l’avoir quitté. Elle s’en acquitte.
Aujourd’hui, Katys est une femme libre. Elle doit l’écriture de sa biographie à son compagnon depuis 26 ans qui a su trouver les mots pour la convaincre : « Cela pourrait t’aider à exorciser tes maux et aider ceux ou celles qui te liront. Tu as eu tellement de force et de courage pour surmonter toutes ces épreuves ! »


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