dernière mise à jour ¬ 24/03/17 | vendredi 24 mars 2017 | je m'abonne | sommaires

David Le Breton

Mort sur la route

Métailié, 2007

juillet 2008, par Elise Guiraud

David Le Breton est spécialiste du rapport au corps et des conduites à risques des adolescents. Il livre avec Mort sur la route son premier roman, une enquête criminelle qui éclôt et se dénoue à Strasbourg.

Mort sur la route met en scène les trajectoires séparées de plusieurs personnages, dont les destinées convergent inéluctablement jusqu’à la résolution finale : un procédé qui a fait ses preuves en matière de suspens.

Ici, les personnages sont des anti-héros : Thomas, professeur d’ethnologie, est psychiquement dévasté par la guerre qu’il a vécue lors de ses missions d’étude en Bosnie ; Laure et Olivier sont des « squatteurs », des adolescents en rupture de ban ; Ana est une jeune femme prostituée aux mains d’un réseau de mafieux serbes.

L’intrigue proprement dite souffre parfois de la distribution sans nuances des « bons » et des « méchants ». Mort sur la route vaut surtout pour la peinture très réussie d’une ville d’apparence paisible... mais gangrenée secrètement par des poches de détresse humaine, parasitées par des exploiteurs de tout poil : des petits dealers, des proxénètes, un réseau pédophile exploitant l’abandon et le dénuement quasi total des jeunes « squatteurs ».

Le Breton, en effet, s’appuyant sur sa connaissance du terrain, parvient à rendre palpable les conséquences pratiques de la solitude de ces « mineurs isolés », pour reprendre leur dénomination officielle.
Le roman évoque, au fil de l’intrigue, les obstacles qui paralysent l’action auprès de ces errants, difficiles à protéger, encadrer et soigner – dans tous les sens du terme.

Les analyses exposées dans les essais de David Le Breton, au sujet des crises de l’adolescence, de la complexité du rapport des individus à leur corps (un rapport genré : des filles qui s’auto-mutilent tandis que des garçons agressent autrui) se muent ici en ressorts dramatiques et lui permettent de confronter le lecteur à des adolescents plus vrais que nature.

C’est sans doute ce tableau, fait de mille incidents de la vie quotidienne, qui atteint le plus à la vraisemblance et réhausse Mort sur la route.


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