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Les e-proxos ne sont plus intouchables

juillet 2009, par Elise Guiraud

Pour la première fois, un vaste réseau de proxénétisme utilisant l’Internet a été démantelé, au terme d’un an et demi d’enquête. Pas moins de 7500 personnes prostituées étaient vendues par l’intermédiaire de ce supermarché du sexe en-ligne.

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"De plus en plus d’hommes font leur shopping par Internet"
"Acheter du sexe est un crime".
L’une des affiches de la campagne suédoise de 2000 ciblait particulièrement les "clients" internautes.

L’enquête commence il y a dix-huit mois à Clermont-Ferrand : les enquêteurs de la direction départementale de la Sécurité publique s’intéressent aux déplacements "d’escort-girls" acheminées dans des hôtels de luxe de la région et de ses environs.

Taxées de 300 à 900 euros par mois au prétexte de leur inscription sur l’un des sites du réseau "escort-annonces.com", les jeunes femmes, pour la majorité venues d’Europe centrale ou de l’Est, sont envoyées aux quatre coins du continent à la rencontre des « clients » prostitueurs contactés par internet.

Cinq personnes ont été interpellées en Slovaquie, deux autres en France. À la tête du réseau, un Suisse allemand déjà recherché par les polices hongroises et italiennes pour proxénétisme aggravé.

L’affaire "Escort-annonces.com" mêle ainsi des éléments "traditionnels" du proxénétisme à des pratiques plus modernes. Le réseau lui-même n’a rien d’original : dirigé par une figure multi-récidiviste du proxénétisme, amassant des sommes colossales qui alimentent à leur tour de nombreux trafics mafieux. Selon Thierry Cholet, commissaire principal à la direction départementale de la Sécurité publique de Clermont-Ferrand, trois millions d’euros étaient ainsi collectés tous les mois.

Cependant, la nouveauté tient aux techniques de promotion du réseau, inspirées des modèles high-tech du commerce électronique. Comptant sur la complaisance et la cupidité des "clients" prostitueurs, traités en consommateurs avertis, "escort-annonces.com" proposait ainsi des avantages commerciaux — réductions et bons-cadeaux — à ses clients les plus fidèles, offrait un système de classement des personnes prostituées prétendûment basé sur les votes des "clients", le tout permettant d’organiser la livraison de "marchandises" humaines à flux tendu.

Selon Jean-Marc Souvira, chef de l’Office Central de la Répression des Êtres Humains (OCRTEH), ce mode de prostitution est en constante extension. Sans doute son succès tient-il également au confort qu’il apporte aux prostitueurs. Ceux-ci, décomplexés par les apparences de "commerce comme un autre", peuvent d’autant mieux passer outre les réalités de la prostitution : trafics, argent sale et violences.


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