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Rhône : Le confinement, déclencheur de la volonté de sortir de la prostitution

avril 2020, par Claudine Legardinier

Pendant la durée du confinement, nous créons cette rubrique "COVID19 sur le terrain". Deux à trois fois par semaine, nous vous racontons comment les membres du Mouvement du Nid, éditeur de ce site, continuent à maintenir le lien et à apporter de l’aide aux personnes en situation de prostitution. Aujourd’hui, la délégation du Rhône.


« Certaines nous disent qu’elles n’ont pas envie de retourner dans la prostitution quand le confinement sera terminé… L’une, qui a besoin d’un hébergement d’urgence, voudrait bien trouver une solution plus pérenne et arrêter. »

La rupture actuelle conduit certaines femmes à de nouvelles aspirations. La délégation poursuit activement ses actions depuis mi-mars…autrement. Pour les personnes accompagnées, le confinement a beaucoup changé la donne.

Un des bénévoles a en charge la permanence téléphonique ainsi que deux services civiques qui restent notamment en contact avec celles qui sont en parcours de sortie. Trois parcours sont en cours et un 4e venait d’être accepté avant le confinement. « Nous avons pu rassurer les personnes en leur confirmant que les délais pour les démarches étaient prolongés », explique Marine. Certaines des femmes suivies, en majorité des femmes nigérianes, enceintes, ont pu poursuivre les contacts avec les sages-femmes et tout s’est bien passé."

A nouveau dans la précarité
Avant le confinement, la délégation était beaucoup sollicitée pour des démarches de demande d’asile. Les recours composaient environ 80 % de l’accompagnement. « Ces personnes ne nous contactent plus actuellement. Le bouche à oreille a fonctionné, elles sont moins stressées puisqu’elles savent que les délais ont été prolongés.En revanche, nous voyons revenir vers nous des personnes qui étaient devenues autonomes, qui avaient trouvé un travail, souvent informel, et qui sont à nouveau dans la précarité. »

La question des aides sociales est cruciale. Des femmes suivies subissent les retards dans les versements de leurs aides financières et le manque de contacts directs avec les assistantes sociales les fragilise. « Elles doivent téléphoner, attendre parfois 20 minutes et certaines ne comprennent pas comment procéder (taper 1, etc). De plus, certains numéros sont payants… » Un des bénévoles est chargé de les aider dans leurs démarches. Il parvient à leur fixer des RV informels, en prenant les précautions nécessaires, le temps de faire signer les documents nécessaires.

Reprise de la rencontre sur le terrain
La gendarmerie a contacté la délégation à propos d’une femme qui se trouvait dans une camionnette en pleine campagne. Le contact a pu se nouer rapidement. « Une vitre était cassée, elle avait peur ; elle nous a demandé de l’aider pour quelques courses et elle a fini aussi par formuler son besoin de nuitées d’hôtel. Nous lui en avons financé cinq, ce qui lui a permis de se reposer. »

Un binôme se rend, en respectant évidemment toujours avec les gestes barrière, une fois par semaine sur les routes de campagne où des femmes vivent dans leur camionnette. « Elles sont totalement isolées. Nous distribuons de l’eau, du pain, des conserves. Il s’agit d’équato-guinéennes amenées d’Espagne par les réseaux. » En revanche, la délégation a du stopper les contacts en ville, certain·es des bénévoles pouvant être des personnes à risque. De même, le projet Internet lancé en décembre dernier a du être temporairement suspendu, le téléphone et l’ordinateur étant indispensables pour les urgences du quotidien.


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