dernière mise à jour ¬ 04/11/19 | lundi 4 novembre 2019 | je m'abonne | sommaires

10 ans de "Mémoire traumatique et victimologie"

Un colloque pour défendre la cause des victimes

octobre 2019, par Christine Laouénan

Durant ce passionnant colloque de deux jours, l’association Mémoire traumatique a rappelé les combats qu’elle mène depuis dix ans : contre le déni et la loi du silence, contre la culture du viol et la culpabilisation des victimes, contre l’absence de protections, des soins et d’accompagnement, contre l’impunité, la correctionnalisation. Et pour donner la parole aux victimes.

Nombreuses ont été les personnes qui ont eu le courage de venir témoigner lors du colloque qu’organisait « Mémoire traumatique et victimologie » en octobre dernier, à l’occasion des 10 ans de l’association. Des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes qui ont été victimes durant leur jeunesse d’un parent, d’un animateur sportif, d’un homme d’Eglise, d’un voisin, d’un pair sont venus témoigner avec courage durant ce passionnant colloque de deux jours… 

« Nous savons que les enfants sont les principales victimes des violences sexuelles et qu’ils sont souvent fragilisés par un handicap, un isolement social, des violences intra-familiales", explique Muriel Salmona, présidente de l’association et psychiatre psychotraumatologue.
Or, ces personnes qui ont subi des « violences physiques dans l’enfance courent 16 fois plus de risques d’être à nouveau victimes à l’âge adulte », ajoute-t-elle.

Comme Anne, [1] qui, victime de son frère pendant 12 ans, a fui sa famille à la majorité. Elle a vécu dans la rue pendant plus de 15 ans où elle a subi à nouveau les pires violences sexuelles : viols en réunion, prostitution… 

Amnésie traumatique et prescription
Lorsque ces victimes veulent porter plainte contre leur agresseur, il est souvent trop tard. En effet, traumatisées par les actes qu’elles ont subis, certaines d’entre elles ont souffert d’une amnésie émotionnelle qui peut les anesthésier pendant des années.

Ainsi, Corine abusée régulièrement par un voisin dès l’âge de 12 ans et demie, a souffert au bout de 35 ans de la déferlante de souvenirs de ces viols à répétition. Elle a alors pris conscience qu’elle avait été « l’objet sexuel de cet homme » dont elle gardait régulièrement les enfants.
L’argent du baby sitting était destiné à payer l’alcool du père. « Je me suis prostituée pour lui pendant 3 ans », commente ainsi cette femme âgée de 50 ans.

Ne pouvant plus porter plainte contre son agresseur, puisque le délai de prescription a été dépassé, elle estime souffrir aujourd’hui d’une double peine. En effet, si elle avait pu engager un recours contre cet homme, elle ne serait pas tombée récemment « dans les travers d’un autre pervers. Presque 12 heures de violences sexuelles, sans pouvoir dire non, car de suite sidérée », ajoute-t-elle.

A ce titre, Corine soutient l’association Mémoire traumatique qui se bat pour obtenir « l’imprescriptibilité pour les crimes sexuels et tous les délits sexuels avec circonstances aggravantes » [2] Cette loi n’est pas rétroactive.. Actuellement, l’imprescriptibilité est réservée en France aux seuls crimes contre l’humanité.

Sidération, dissociation, mémoire traumatique, amnésie émotionnelle… « Toutes ces preuves du trauma sont par conséquent utilisées contre les victimes », estime Muriel Salmona, qui continue avec l’association à tout faire pour que soit entendue la voix des victimes.

Colloque à l’occasion du 10ème anniversaire de l’association Mémoire traumatique et victimologie : « la cause des victimes de violences sexuelles- Comment protéger, accompagner et soigner les plus vulnérables et lutter contre le déni et l’impunité ».
En ligne : www.memoiretraumatique.org

Notes

[1Anne Lorient, auteure avec Minou Azoulai de « Mes années barbares »,
De La Martinière, 2016

[2Depuis la loi n° 2018-703 du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, le délai de prescription, en cas de viol, est de 20 ans si la victime était majeure au moment des faits et de 30 ans à partir de la majorité de la victime, mineure au moment des faits.


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