dernière mise à jour ¬ 07/09/17 | jeudi 7 septembre 2017 | je m'abonne | sommaires

Claudine Blasco, ATTAC

juin 2004, par Claudine Legardinier

La marchandisation des corps,
c’est de l’esclavage,
c’est indigne...

- Attac dénonce les méfaits de la mondialisation. Pourquoi ?

A côté de la mondialisation des communications qui est positive, la mondialisation est surtout financière et économique. Depuis les années 70, la liberté des capitaux a pris le pas sur les droits humains. Les grandes entreprises jouissent d’une liberté totale pendant que les hommes et les femmes sont devenus des objets, des ressources : soit marchandises, soit consommateurs.

Quand ils ne sont plus solvables, ils sont totalement délaissés, c’est le cas en Afrique. La mondialisation est d’abord une mondialisation du profit. La seule loi est la loi du commerce, qui dépasse toutes les lois existantes, nationales et internationales. Notre travail à Attac est de voir cette économie régulée et placée sous la loi des droits humains. C’est un travail d’éducation populaire.

- Et les femmes ? La mondialisation a-t-elle pour elles des conséquences spécifiques ?

Même si elle a aussi des effets positifs, la mondialisation libérale tend à accentuer les inégalités entre hommes et femmes. C’est d’abord sur elles que pèsent la précarité et la flexibilité de l’emploi, le sur-chômage, la dégradation des conditions de vie, l’obligation de pallier les carences des services publics. Les évolutions renforcent aussi certaines formes archaïques de fonctionnement des sociétés, à commencer par la montée en flèche de la prostitution. 70 % des pauvres de la planète restent des femmes. Elles fournissent les deux tiers des heures totales travaillées et possèdent 1 % des terres. Leur travail domestique, gratuit et invisible, est estimé à près de la moitié du PIB mondial !

A la Commission Femmes, nous avons remis en question un type d’analyse universaliste qui ne tenait aucun compte du genre, des rapports sociaux de sexe. Cette spécificité de la condition des femmes passait totalement inaperçue ! Nous parlions d’un « autre monde », mais quel autre monde s’il était fondé sur le capitalisme et le patriarcat, qui véhiculent les discriminations et l’esclavage ? Nous avons donc travaillé sur de multiples sujets concernant les femmes : retraite, santé, travail domestique, marchandisation du corps, etc… Pour nous, la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes constitue un enjeu fondamental. Et l’invisibilité des femmes est inadmissible. Elle ne l’est malheureusement pas encore pour tout le monde à l’intérieur d’Attac.

- Comment en êtes-vous venu-e-s à Attac à traiter des questions de trafics et de prostitution ?

La liberté des flux financiers a entraîné l’augmentation des flux financiers criminels. En travaillant sur le blanchiment de l’argent criminel, nous avons trouvé l’argent de la drogue, des armes et des trafics d’êtres humains, donc de femmes, avec la prostitution. Personnellement, je venais de la solidarité internationale comme vice-présidente de Terre des Hommes et je ne connaissais rien à ce sujet. Nous avons donc contacté les associations, quelles qu’elles soient : le Mouvement du Nid, Autres regards, le Bus des Femmes, Femmes solidaires, etc… Nous avons beaucoup lu, y compris des études internationales. Nous étions une dizaine à soutenir l’idée que la marchandisation du corps, c’est de l’esclavage, que c’est indigne, que c’est inacceptable d’en faire un travail. Et nous nous sommes retrouvées, sans préparation, face à des personnes ayant des réactions viscérales, violentes. Heureusement, nous avons reçu l’aide de Malka Marcovich, du Mapp, et de Judith Trinquart, médecin, qui nous a parlé du déni systématique et de l’auto-anesthésie qui frappe les personnes prostituées.

(...)

- En matière de prostitution et de trafics, comment analysez-vous la situation au plan international ?

Ce qui se dessine depuis le 11 septembre et même avant, c’est un recul à tous les niveaux, une montée en flèche du nationalisme, un retour en arrière en matière de droits humains. Un exemple très inquiétant : l’Organisation Internationale du Travail est en train de revoir à la baisse les normes d’âge pour le travail des enfants. Pourquoi ? Pour pouvoir intégrer la prostitution des enfants dans le Produit Intérieur Brut des pays. Ce n’est pas dit évidemment ; mais quand on sait que certains pays considèrent la prostitution comme un travail et qu’ils en vivent, comme la Thaïlande par exemple, et que les trafics de femmes explosent, on voit ce que cette mesure a d’effrayant.

Heureusement, il y a quand même quelques bonnes nouvelles : une certaine évolution des mentalités, que montre le rapport d’Amnesty International en mettant en cause les personnels de maintien de la paix en Bosnie pour leur responsabilité flagrante dans la montée des trafics et de la prostitution ; ou les premiers résultats dans la lutte contre le crime organisé en Europe du Sud-Est, grâce à la création d’une structure de coopération régionale pour lutter contre la criminalité financière…


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