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Allemagne : Les prostituées, des vaches à lait en temps de crise

janvier 2011, par Claudine Legardinier

En Rhénanie du Nord, la ville de Dortmund, évidemment dotée d’un quartier rouge, s’est illustrée, fin 2010, en décidant la création d’une taxe quotidienne payable par les personnes prostituées. Elle emboîte ainsi le pas à la ville de Cologne qui avait pris cette disposition parfaitement cynique en 2004.

Les caisses sont vides : plus de 130 millions d’euros de déficit. La ville de Dortdmund, en panne d’inspiration, a donc une idée de génie : les personnes prostituées seront désormais tenues de financer un pass de 8 euros par jour pour faire le trottoir. Dans l’esprit des autorités de Dortmund, un tel privilège se paye, apparemment.

Le porte parole de la ville a expliqué à l’agence Reuters que la cité avait considéré plusieurs possibilités de taxation avant d’élire celle-ci. On comprend l’audace d’un tel choix ! Avec des personnes prostituées, la municipalité ne craint ni grèves ni manifestations. Le plus souvent étranglée par les dettes, par les violences, voilà au moins une catégorie qui ne se rebellera pas. Taxer les victimes, c’est commode et sans risque : elles n’ont qu’à se taire et à payer.

La ville avait un instant envisagé de taxer les “clients” entrant dans le quartier rouge, mais selon Reuters, les leaders politiques ont vite renoncé à cette idée. On reconnaît là la logique qui a toujours arrangé – et continue d’arranger – un personnel politique majoritairement masculin.

La nouvelle taxe du plaisir (plaisir de qui, des prostituées ?) est donc censée verser 1 million d’euros annuels dans les caisses. Avec 8 euros par jour, c’est entre 1500 et 2200 euros annuels qu’elles devront consacrer à cet "impôt" ; et bien entendu à leur équivalent en nombre de passes supplémentaires, nombre qu’il serait intéressant d’évaluer.

Dans un pays qui a dépénalisé le proxénétisme pour faire des tenanciers de bordels des chefs d’entreprise et qui pratique les tarifs promotionnels et les rabais sur le corps des femmes, on ne peut guère s’étonner d’un tel cynisme. Encore un million d’euros récupérés sur l’exploitation sexuelle, sur la précarité, la vulnérabilité, les humiliations, le mépris.

En temps de crise, la prostitution est devenue plus que jamais une machine à profits illimitée pour une liste croissante de profiteurs. Quant aux personnes prostituées, elles sont elles-mêmes, en toute logique, des machines à exploiter et à exploiter toujours plus : proxénètes, clients prostitueurs, Etats… Chacun se sert, sans états d’âme. Jusqu’à quand va-t-on persister à les prendre pour des distributeurs automatiques, que ce soit de sexe ou d’argent frais ?


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