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Un défenseur des droits qui défend quels droits ?

mars 2016, par Claudine Legardinier

M. Toubon est en France défenseur des droits. Mais de quels droits ? La question est posée après sa stupéfiante prise de position sur la proposition de loi en cours de discussion. Selon lui, la pénalisation des clients exposera davantage les prostituéEs à la violence de certains clients et aux contaminations au VIH et/ou aux hépatites virales, et les forcera à accepter certaines pratiques ou rapports non protégés.

In ne, cette éternelle antienne sur les risques accrus de clandestinité, répétés en boucle par les adversaires de la loi, aboutit à la même profession de foi : que rien, jamais, ne vienne entraver la liberté du “client”, celle de contraindre des femmes (en majorité), contre un billet, à exécuter sans rechigner ses fantasmes.

Le client a payé, il pense qu’il a tous les droits, nous disent beaucoup de personnes prostituées. Ce paiement qui le dédouane de tout scrupule – et lui permet à l’occasion d’exercer impunément des violences dans ce qui est précisément une zone de non droit – est donc un droit que rien ne saurait remettre en question. Même si ce droit pousse proxénètes et trafiquants à organiser le “marché”, par tous les moyens, de façon à lui garantir un choix de plus en plus étendu (pro ls ethniques et mensurations)...

Le Défenseur des Droits ferait bien de s’aviser, lui qui est en charge des droits des enfants, du fait que sans politique de prévention et de dissuasion, un nombre croissant de mineurEs – c’est déjà largement le cas – fera les frais, proxénètes aidant, de cette activité qu’il juge hétérogène et complexe. Il devrait également frissonner à l’idée de la violence de certains clients, violence à laquelle, selon lui, les prostituées seraient demain davantage exposées. Leur violence actuelle, manifestement, ne pèse rien. Seule compte une violence future supposée. Et pourtant, quid des droits des personnes qui les subissent aujourd’hui, sans commune mesure avec n’importe quelle autre catégorie de population et sans attendre un futur hypothétique ?
Si l’on comprend bien, c’est donc une loi destinée à les protéger qui mettrait en danger les personnes prostituées. Cessant d’être poursuivies par la police, et donc enfin en mesure de dénoncer leurs abuseurs, elles seraient davantage forcées d’accepter des pratiques qu’elles refusent. Étrange paradoxe dont on se demande bien sur quel fondement il repose.

De même, pour M. Toubon, les missions de la police se verraient compliquées par la pénalisation des clients dans leur lutte contre le proxénétisme et les trafics des êtres humains. Qu’il nous explique en quoi et pour quelle raison. On peut penser au contraire que la police trouvera là un moyen d’agir dans les situations où elle est pour le moment condamnée à l’impuissance.

La répétition, de toutes parts, du même mantra sur la clandestinité accrue et les
complications, a surtout pour effet de maintenir l’impunité du client prostitueur. Avec un acharnement qui finit par nous donner de mauvaises pensées : le vertueux argument sur la mise en danger des personnes prostituées ne serait-il qu’un paravent ?

P.-S.

L’avis est disponible sur le site du défenseur des droits.

Cet article est paru dans le numéro 187 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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