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« Cher client »... une idée de cadeau pour la fête des pères ?

juillet 2008, par Comité de rédaction

La brochure est noire et rose et s’intitule : "Cher client". Non, nous se sommes ni chez le fleuriste ni chez le traiteur. Mais bien sur le trottoir. Et c’est aux prostitueurs que s’adresse ce florilège signé de l’association Cabiria et sous-titré : "se protéger c’est se garantir le sexe pour toujours avec toutes et tous"...

Il est proprement savoureux de mettre en rapport ce florilège de propos softs, de prose édulcorée, avec le constat de toutes les enquêtes : le "client" est le premier agresseur potentiel. Seulement, il ne faut pas effaroucher le précieux pourvoyeur de billets.

Question : comment lui dire son ras-le-bol tout en sacrifiant au traditionnel clin d’œil "tu viens chéri" ? On goûte d’emblée le tutoiement. Fraternel, complice. Avec un "client", on est à tu et à toi. La prostitution, c’est bien connu, est une grande famille.

Bien malgré elle, la brochure trace en creux le portrait - édifiant - de nombre de "clients" et l’impuissance des personnes prostituées livrées à leur bon vouloir. Un mot court comme un leitmotiv : le respect.
C’est manifestement ce qui manque le plus au "cher client".

"Sois poli et respectueux", lui est-il susurré. "Prends une douche" (on a bien lu...) et surtout "ne prends pas trop d’alcool ou de drogue".
Traduire : on n’en peut plus des types crasseux et bourrés.
"Nous n’acceptons pas les comportements agressifs." Traduire : nous en avons assez d’être les souffre-douleur des cinglés. "Si tu veux utiliser certains mots pendant le service"... Traduire : si tu veux nous traiter de pute et de salope, demande la permission.
"Souviens-toi que les travailleuses du sexe sont des personnes comme les autres." Traduire : on n’en peut plus d’être traitées comme des moins que rien.

"Cher client" remporte la palme de l’euphémisme. À propos des passes sans préservatifs, le ton est tout miel. "Nous sommes toujours étonné-e-s par cette demande." Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites.
Traduire : Nous sommes scandalisé-e-s que vous n’ayez aucun scrupule à nous mettre en danger de mort. Mais le fleuron porte sur les "travailleuses du sexe étrangères" : "Client, si tu sollicites les services d’une travailleuse du sexe étrangère, tu dois être respectueux vis-à-vis d’elle. Elle vit probablement dans des conditions difficiles et tu ne dois pas contribuer à les aggraver en étant malveillant ou en abusant de sa situation. Tu peux éventuellement être solidaire, lui rendre des services si elle te sollicite."

On goûtera les "conditions difficiles" et plus encore l’appel à se montrer "solidaire". Profiter de la détresse économique et morale d’une personne déracinée et rackettée pour assouvir ses fantasmes, tel est, dans l’esprit de Cabiria, le nec plus ultra du respect et de la solidarité.

Derrière la candide invitation rose bonbon dont on ne sait si elle doit faire rire ou pleurer, se cache une vérité insupportable. Des personnes excédées, révulsées d’être exploitées, méprisées, déconsidérées. Et c’est ce mode de vie qu’il faudrait défendre ?

C’est ce que nous refusons, même en l’aménageant pour faire plus présentable. C’est cependant ce que fait l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), qui n’a pas hésité à financer ce morceau d’anthologie.

Outre la promo soft de la prostitution, l’INPES montre quelle haute idée il se fait de ses missions éducatives. Censé œuvrer à l’égalité filles/garçons et à la prévention des violences sexistes, il s’emploie à préparer nos fils à devenir de "bons clients" ! Voilà donc une brochure qu’il serait logique de distribuer dans les écoles ou d’offrir pour la fête des Pères...


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