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Clients prostitueurs : un gagne-pain à protéger ?

septembre 2007, par Comité de rédaction

Les arguments utilisés pour dénigrer une politique de pénalisation des prostitueurs, habilement présentés sous couvert du souci des personnes, sont surtout de nature à empêcher toute action politique résolue, notamment si elle vise les clients, et à perpétuer le statu quo.

Un récent décret (mai 2007) de la mairie de Padoue (Italie) interdit à tout automobiliste de stopper son véhicule pour négocier des prestations sexuelles sur la voie publique.Les amendes possibles vont de 25 à 500 €. Des prostituées ont vivement réagi contre cette mesure, déplorant qu’on les empêche d’exercer leur métier. En France, il n’est pas rare que soit avancé cet argument : s’en prendre aux clients prostitueurs serait mettre en péril les personnes prostituées, privées de leur gagne-pain. Le message subliminal est simple. Il est urgent de ne rien faire… Ce n’est pas notre avis.

Il n’est pas de profond changement social sans difficultés ni inconvénients. La fin de l’apartheid
en Afrique du Sud a ainsi mis dans l’embarras des commerçants noirs dont la raison d’être était liée à l’interdiction, pour la population noire, de s’approvisionner dans les magasins blancs. Fallait-il pour autant renoncer à abolir l’apartheid ? De même, la fin de l’esclavage a été pour certains esclaves un moment douloureux dans la mesure où aucune solution n’avait été pensée pour les aider à faire face à leur nouvelle condition. Faut-il donc regretter l’abolition de l’esclavage ? À une autre échelle, les débitants de tabac se plaignent de la baisse des ventes de cigarettes. Faut-il continuer d’encourager la consommation du tabac ? Ces exemples montrent que le problème n’est pas dans l’abolition de l’apartheid ni dans celle de l’esclavage, mais bien dans l’insuffisance de préparation qui peut accompagner des mesures révolutionnaires et dans l’abandon des personnes directement concernées.

Précisément, nous refusons une politique qui abandonnerait les personnes prostituées à leur
sort, sans souci aucun de leur avenir
. Il n’est pas question de penser une politique destinée à faire reculer le nombre de "clients" sans l’assortir de mesures concrètes concernant celles — et ceux — qui vivent jusqu’ici des revenus de la prostitution. Ce que nous prônons est la mise en place de vrais moyens permettant à celles et ceux qui le souhaitent de franchir ce moment certes difficile mais porteur de perspectives.

Une politique de soutien réel aux personnes serait enfin la mise en œuvre d’une certitude du
Mouvement du Nid : les personnes prostituées méritent mieux que d’être les réceptacles de la prétendue misère sexuelled’hommes qui, pour la plupart, achètent aussi –surtout ? – le droit de les mépriser !

Leurs compétences réelles peuvent très certainement leur permettre d’autres ambitions que la servitude sexuelle à temps partiel ou à temps plein. Je pensais n’être bonne qu’à ça,nous disent beaucoup d’entre elles, étonnées de se découvrir des ressources et des talents que les clients n’étaient certes pas pressés de mettre en valeur.

De la même façon, l’argument de la clandestinité est repris dans une belle unanimité : s’en prendre aux clients reviendrait à condamner aux dangers de la clandestinité les personnes prostituées.
Curieusement, jamais cet argument n’est – ni n’a été – avancé pour réfuter la pénalisation des clientsdes prostitué-e-s mineur-e-s.
Pourtant, il est à craindre que le processus soit le même. Pourquoi ce "deux poids, deux mesures ?"

Il convient d’ailleurs de souligner que la clandestinité croissante de la prostitution, sensible depuis quelques années, n’a pas attendu une loi éventuelle de pénalisation des prostitueurs. La mise en œuvre de la loi pénalisant le racolage passif (loi Sarkozy, 2003) mais aussi la montée du téléphone mobile et d’Internet, ont suffi à inscrire cette nouvelle donne dans le paysage prostitutionnel.

Personne, pourtant, ne songe à accuser le portable ni Internet… On le voit, les arguments utilisés, habilement présentés sous couvert du souci des personnes, sont surtout de nature à empêcher toute action politique résolue, notamment si elle vise les clients, et à perpétuer le statu quo. Ne nous y laissons pas prendre.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 156 / janvier - mars 2007.


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