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Irlande : la situation des personnes prostituées est "terrifiante"

août 2010, par Elise Guiraud

La publication en août 2010 du rapport annuel de l’association Ruhama, qui accompagne les femmes en situation de prostitution, révèle une aggravation de leurs conditions de vie et une exposition continuelle à la violence.

Selon Sarah Benson, directrice de Ruhama, en 2009, les femmes ont été confrontées à des niveaux terrifiants de violence physique, émotionnelle et psychologique. Les viols sont quasiment systématiques. Beaucoup de femmes rapportent également avoir été abusées sexuellement enfant ou adolescente. Certaines ont été conduites dans la prostitution par leur famille ou leurs partenaires. [1]

Ruhama a soutenu en 2009 près de deux cent femmes, prostituées tant en bordel que dans la rue. Toutes vivent un quotidien de violences incessantes. Parmi elles, soixante-six sont victimes de trafic d’êtres humains.

Avec la crise financière en toile de fond, les proxénètes tentent de conjurer le risque d’une baisse de la demande des "clients" prostitueurs en obligeant les personnes prostituées à accepter toujours plus : pratiques à hauts risques sanitaires (rapports sans préservatifs), soumission totale aux désirs des prostitueurs... Comme toutes les autres firmes (...) l’industrie [du sexe] demande plus de productivité à ses travailleurs, résume froidement Kathy Sheridan pour le quotidien Irish Times. [2] Les femmes en contact avec Ruhama, qu’elles soient dans la rue ou dans un bordel, témoignent ainsi d’une multitude de violences de la part de leur proxénète, allant des coups à la torture.

Les "clients" prostitueurs ne sont pas en reste. Les viols et les agressions de toute forme sont fréquents, de même que les violences verbales et psychologiques : le rapport de Ruhama cite de nombreux témoignages : Les femmes se font entendre dire qu’elles sont ‘moches’, qu’elles ‘pourraient au moins faire semblant d’aimer ça’, par l’homme qui utilise leur corps à sa guise, résume Sarah Benson.

Ils [les "clients"] doivent croire que les prostituées sont des sous-humains, renchérit Kathy Sheridan, qui a mené l’enquête en parcourant les forums spécialisés sur internet. Les "clients" prostitueurs s’y échangent les "bonnes adresses", recommandent les femmes les plus soumises ou déconseillent celles qui utilisent les préservatifs, ou refusent leurs demandes inspirées de la pornographie violente.

Kathy Sheridan plaide pour que l’Irlande adopte le "modèle suédois" : soutien aux victimes - les femmes prostituées - et répression contre les agresseurs - les proxénètes et les "clients" prostitueurs. Ruhama met l’accent, quant à elle, sur le besoin urgent d’une véritable politique d’aide aux victimes : les ressources disponibles pour soutenir les femmes en situation de prostitution sont de plus en plus réduites, alors que leur nombre s’accroît et que leurs conditions de vie sont de plus en plus effroyables...

Notes

[1Steven Carroll, Prostitutes forced to take more risks, Irish Times, 24 août 2010.


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