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La prostitution prospère à Londres, la politique municipale se cherche une cohérence

juillet 2013, par Claudine Legardinier

Une étude menée à Londres dénonce l’incohérence des politiques menées en matière de prostitution, relevant des disparités d’un quartier à l’autre ! D’autres approches viables existent pourtant, dans un contexte où les frontières se brouillent entre prostitution « de rue » et en bordels, et que les violences perpétrés par les « clients » sont en augmentation... Coup d’oeil sur le quartier de Lambeth, qui mène une expérimentation originale.

L’association Eaves poursuit son patient travail d’investigation sur la prostitution. Elle publie en juin 2013 une étude portant sur la prostitution et la traite des femmes à Londres. Les trois auteures, Julie Bindel, Ruth Breslin et Laura Brown, qui ont enquêté sur la situation dans la trentaine de quartiers londoniens, ont, comme on pouvait s’y attendre, découvert toutes les marques d’une industrie du sexe omniprésente et prospère. Elle concerne des milliers de femmes, dont une partie de victimes de la traite, désormais exploitées aussi bien dans la prostitution de rue que d’intérieur, exploitation parfaitement organisée et contrôlée. L’étude souligne d’ailleurs le fait que la scission entre prostitution de rue et en intérieur est en passe de s’estomper ; beaucoup de femmes recourent désormais aux deux modes de prostitution. L’industrie du sexe invisible, en intérieur, apparaît de plus en plus organisée et contrôlée et engendre des profits de plus en plus substantiels. Les femmes roumaines sont extrêmement nombreuses, certaines étant des mineures n’ayant pas plus de 14 ou 15 ans.

Le rapport déplore le fait que les femmes prostituées restent les premières cibles de la police, loin devant les « clients » et les proxénètes mais il observe un consensus croissant sur le fait que criminaliser les personnes prostituées est inefficace et hautement problématique. De même, l’idée fait son chemin de ne plus ignorer la demande des clients, de plus en plus considérée comme un élément crucial. Sans compter que l’étude révèle, côté « clients », une véritable escalade des exigences et à la violence infligées aux personnes prostituées.

Quelques rares bonnes pratiques

Si l’étude pointe l’incohérence des réponses proposées d’un quartier à l’autre, le manque de services d’aide et de financements suffisants, l’absence de solutions de sortie de prostitution, les comportements policiers à rebours de ceux qui permettraient aux femmes de dénoncer les violences dont elles font l’objet, elle met toutefois en avant quelques rares bonnes pratiques.

Le quartier de Lambeth, au sud de Londres, le plus touché par la prostitution de rue, désormais montré en exemple, prouve à quel point la volonté politique est essentielle en la matière. Le quartier a en effet changé son approche et troqué les PV infligés aux personnes prostituées contre une politique considérant la prostitution comme une violence faite aux femmes. Cette politique à multiples entrées a le privilège d’être assise sur une philosophie claire et le budget qui en est indissociable. Un « Lambeth Prostitution Group », mis en place pour dix ans, la pilote en suivant un maître mot : cohérence. Fini l’éparpillement : un « one stop shop », lieu unique, est désormais en mesure de répondre à la complexité des besoins des personnes. Et un groupe de travail permet la mise en cohérence des actions menées par la police, les personnels de santé – y compris de santé mentale -, les services pour les personnes toxicomanes, la municipalité et les associations.

Bien entendu, une telle politique, qui vise le proxénétisme en fermant des établissements de prostitution, s’attaque de front à la demande des clients prostitueurs. Parallèlement à une campagne médiatique développée à leur intention, la police a imaginé une forme de répression originale. Elle adresse aux hommes interpellés une lettre d’avertissement, suivie, lors d’un éventuel second contrôle, d’un PV. De décembre 2011 à mars 2012, plus de 70 hommes ont fait l’objet de ces avertissements. Et aucune récidive n’a été observée. Il semble que l’ensemble de l’expérience soit prometteur. Les autorités ont d’ores et déjà noté une diminution notable du nombre des femmes prostituées de rue. Reste à souhaiter que cette étude incite d’autres quartiers londoniens à adopter les mêmes cadres de travail.

Capital Exploits : A Study of Prostitution and Trafficking in London, à télécharger sur le site de l’association Eaves.


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