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Conseil de l’Europe

Légalisation de la prostitution : les Pays-bas marquent des points

octobre 2007, par Claudine Legardinier

L’étau européen se resserre. L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (COE) a en effet adopté le 4 octobre, à une écrasante majorité (53 voix pour sur 69 votants), la résolution du Hollandais Léo Platvoet qui appelle les 47 États membres à se doter d’une politique "pragmatique" à l’égard de la "prostitution adulte volontaire"... Un pas de plus vers sa légalisation même si ces recommandations n’ont pas force de loi.

Déplorant que les politiques mises en œuvre par les 47 États membres soient si variées, voire opposées, le COE tente d’user de son influence pour les amener à aligner leurs positions sur la position hollandaise. Rappelons que les Pays-Bas ont légalisé la prétendue "prostitution adulte volontaire" et donc une partie significative du proxénétisme, en 2000.

Le rapport soumis au vote, intitulé Prostitution, quelle attitude adopter ?, publié en juillet 2007, a été rédigé par un Hollandais, Léo Platvoet, suite à des auditions menées en septembre 2006 et savamment orchestrées ... Les personnes prostituées interviewées étaient en majorité des hommes, appartenant aux groupes activistes les plus outranciers. Toutes celles qui, dans l’ombre, nous disent quelle expérience dévastatrice est la prostitution n’étaient évidemment pas conviées.

Le texte est un florilège des "concepts" que les Pays-Bas sont parvenus, par un lobbying intensif, à banaliser dans toute l’Europe depuis le tournant des années 1990. Ainsi, une distinction nette est opérée entre "prostitution forcée", "traite d’êtres humains", "prostitution enfantine", naturellement condamnables, et "prostitution volontaire des adultes" que "l’approche réglementariste offre l’avantage de réglementer (...) en tant que profession".
Définie comme "la prostitution exercée par des prostitué-e-s de plus de 18 ans qui ont choisi la prostitution comme moyen de gagner leur vie", elle est l’occasion de reprendre les antiennes en vogue. "En tant qu’organisation consacrée aux droits de l’homme et au respect de la dignité humaine", le Conseil de l’Europe prend soin, selon ses termes, de s’écarter de toute "démarche moraliste", en respectant "les décisions et les choix de chacun tant qu’ils ne nuisent pas à autrui".

La question des inégalités hommes/femmes est expédiée d’un revers de main. "Il n’y a pas que des femmes qui se prostituent ; alors comment la prostitution pourrait-elle être une violation des droits des femmes ?" demande candidement le rapport. Que l’immense majorité des prostituées soient des femmes partout dans le monde, femmes qui demeurent socialement, culturellement, les plus vulnérables, les premières exposées au chômage, à l’insuffisance en matière d’éducation, aux charges familiales et au destin d’objet sexuel est apparemment sans incidence.

Expédions les points, rares, qui peuvent donner lieu à un accord de notre part : le refus de toute répression des personnes prostituées et le devoir de protection des victimes de la traite, comme le recommande la Convention du COE sur la traite des êtres humains.

À ces deux exceptions près, le texte constitue un bréviaire réglementariste assorti, pour la forme, de quelques idées venues des rangs abolitionnistes ; au total, un fourre-tout pétri de contradictions. Pour faire bonne mesure, il est en effet recommandé de lutter contre "les vulnérabilités individuelles" et "les problèmes structurels" (pauvreté, instabilité politique, inégalité entre les femmes et les hommes, etc.) ; de "développer des programmes pour aider ceux/celles qui le souhaiteraient à quitter le métier" (dont on sait qu’ils n’existent pas dans les pays réglementaristes, pour qui le sort des prostitué-e-s est réglé une fois pour toutes par la légalisation). On lit d’angéliques demandes : il est bon de veiller "à ce que les prostituées aient accès à des pratiques sexuelles sans danger et jouissent de l’indépendance suffisante pour les imposer à leurs clients". Comment ? Très certainement grâce à la philanthropie des tenanciers de bordels ...

On ne songe pas à proposer plutôt des issues à la prostitution, autrement dit des façons d’être mis à l’abri du danger, qu’il soit dû aux agressions ou à la transmission des maladies.

Curieusement, le rapport relève "l’intérêt de l’approche néo-abolitionniste" suédoise qui "montre clairement que c’est à la demande qu’il faut s’attaquer et non à l’offre". S’en prendre à la demande plutôt qu’à l’offre a abouti apparemment à "une baisse de la prostitution et un changement des mentalités", reconnaît le rapport. Si l’on comprend bien, il n’est pas complètement idiot de s’en prendre aux "clients" prostitueurs. Pourtant, le rapport fait tout pour encourager leurs pratiques puisqu’il prône, avec la légalisation, la création, ni plus ni moins, d’un service public à même de répondre à cette demande. On a du mal à suivre...

Enfin, le texte se livre à une démolition en règle de l’abolitionnisme, "à côté de la question". La prostitution est poussée à la clandestinité et, en conséquence, "le crime organisé y est impliqué" ! Dans ces abominables pays, les prostitué-e-s, plus vulnérables, "tombent sous la coupe des proxénètes et des souteneurs et sont entièrement à la merci de leurs clients qui peuvent exiger des pratiques sexuelles dangereuses". Ces abominations ne sauraient apparemment se produire dans les pays réglementaristes... (voir à ce sujet notre encadré ci-dessous)

Conscients sans doute des arguments qui pourraient leur être retournés, les rédacteurs du texte font dans l’euphémisme.
Le rapport avoue que les "les limites entre la prostitution “volontaire” et la prostitution “forcée” ne sont pas toujours aussi claires qu’il y paraît au premier abord"... Il admet que, dans les pays réglementaristes, "tou-te-s les prostitué-e-s n’utilisent pas les droits qui leur sont reconnus". La vérité exigerait de dire, même si c’est plus brutal, que l’immense majorité les refuse afin de ne pas être marginalisée définitivement en tant que "travailleuse du sexe". Et qu’ainsi le plus grand nombre est soumis aux poursuites policières et à la clandestinité, précisément.

Ce morceau d’anthologie a donc trouvé grâce aux yeux de 53 votant-e-s sur 69. Il est intéressant de relever que les voix contre sont toutes issues de Suède et de Norvège, à l’exception de deux : deux voix françaises. Sur les six voix pour la France (cinq hommes, une femme), les autres votes se partagent entre deux voix pour et deux absentions. On mesure ici toute la cohérence des positions françaises...

Amsterdam, le dépôt de bilan

Grâce au texte voté en 2000 légalisant la prostitution "volontaire" des personnes majeures, le Quartier rouge allait devenir, à en croire les législateurs hollandais, un modèle de vertu. Sept ans plus tard, la déconvenue est magistrale.

En septembre 2007, la Mairie décide de débloquer 15 millions d’euros pour racheter plus de 50 vitrines afin de les reconvertir en logements ou en commerces. Face à l’ampleur du trafic de femmes et des activités criminelles, la situation est devenue incontrôlable.

Le quartier, qui compte environ 450 vitrines, est devenu, plus que jamais, le royaume de l’argent sale et de tous les trafics ..
Le maire semble ne plus savoir à quel saint se vouer.

En 2006, lors d’opérations de contrôle, un tiers seulement des maisons closes légales avaient conservé leur permis d’exercer. La municipalité avait décidé d’en fermer 37 (!) à cause des "antécédents criminels des propriétaires", du blanchiment d’argent, des affaires de drogue et de traite des femmes. En 2003 déjà, il avait fallu fermer la Tippelzone d’Amsterdam, zone légale de prostitution, devenue un repère de trafiquants, de dealers et de victimes de la traite. Une zone légale qui avait pourtant été présentée comme le meilleur moyen de contrôler les nuisances associées à la prostitution : violences, trafics de drogue, traite des êtres humains.

Le constat est clair. Mais les autorités ne veulent pas le savoir. La main sur le cœur, on nous assure qu’il n’est toujours pas question de s’en prendre à la prostitution mais seulement à ses "abus".
Et pour une raison simple : le Quartier rouge attire des milliers de touristes !
Il ne faut surtout pas décourager les troupeaux de visiteurs plus ou moins avinés qui défilent à longueur de nuit en lorgnant sur des femmes dénudées. Le Disneyland du sexe rapporte tellement de devises au pays...

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société numéro 157.


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