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Pays-Bas : Machine arrière, toute

avril 2010, par Claudine Legardinier

Les Pays-Bas, dépassés par un marché prostitutionnel devenu incontrôlable, sont aujourd’hui poussés à tenter de mettre un frein à son développement continu. Si jusqu’à présent, seuls les propriétaires de maisons closes et les « employeurs de prostituées » devaient obtenir une autorisation (que beaucoup ne demandaient pas), c’est maintenant au tour des personnes prostituées de voir peser sur elles le contrôle policier.

Décidément, les Pays-Bas font parler d’eux. Ce pays un peu vite cité en exemple pour sa politique libérale en matière de prostitution (il a dépénalisé le proxénétisme en 2000) ne cesse de cumuler, ces dernières années, les preuves de son échec. Après avoir annoncé la fermeture d’une partie du quartier rouge d’Amsterdam, en raison de ses liens obstinés avec les milieux criminels, les autorités vont sans doute franchir un pas supplémentaire dans le détricotage des prétendues « libertés » accordées aux personnes prostituées, qui s’avéraient être surtout des libertés offertes au lobby proxénète.

Ainsi, un amendement présenté au Parlement par le gouvernement le 15 avril 2010 propose-t-il de relever de 18 à 21 ans l’âge légal de la prostitution : Les personnes de 21 ans sont plus à même de prendre une décision réfléchie sur le fait d’exercer une activité de prostitution que les personnes de 18 ans, a indiqué le ministère néerlandais de la Justice. Elles sont aussi plus capables de se défendre dans leurs relations et leurs négociations avec les clients, selon la même source.

Il n’est pas difficile de lire, sous ces tournures élégantes, l’aveu du sort réservé, dans les faits, aux personnes prostituées, que l’on prétendait tant protéger.
De même, le fait que la nouvelle loi soit destinée à « établir une ligne plus nette entre prostitution légale et illégale » dit assez à quel point les décisions de légaliser pour clarifier le « marché » ont été inopérantes.

Le projet prévoit donc que les personnes prostituées soient désormais obligées de s’inscrire auprès des grandes mairies du pays. Elles devront passer un entretien destiné à vérifier qu’elles sont conscientes des risques du métier, selon le ministère. Une fois enregistrées dans un fichier, elles recevront une carte officielle avec leur photo d’identité, qui permettra aux clients de vérifier leur statut.

On reste songeur devant la notion de risques du métier…. Leur dira-t-on la vérité, à savoir qu’elles risquent à tout moment d’être agressées, violées, détroussées, insultées par les « clients » prostitueurs ? On est en tout cas sans illusion sur l’entrain qu’elles mettront à aller s’inscrire en bonne et due forme, elles qui ont toujours renâclé à porter leur nom sur des fichiers officiels.

Ainsi, les Pays-Bas, dépassés par un marché prostitutionnel devenu incontrôlable, sont aujourd’hui poussés à tenter de mettre un frein à son développement continu. Si jusqu’à présent, seuls les propriétaires de maisons closes et les « employeurs de prostituées » devaient obtenir une autorisation (que beaucoup ne demandaient pas), c’est maintenant au tour des personnes prostituées de voir peser sur elles le contrôle policier.

Les prostituées non enregistrées seront ainsi passibles d’une amende maximale de 380 euros. Leurs clients risqueront de leur côté jusqu’à six mois de prison ou une amende maximale de 7600 €. Un tarif élevé pour des hommes que les politiques néerlandaises encouragent pourtant à aller « consommer » des femmes dans la prostitution.

Les propriétaires de maisons closes pourront recevoir quant à eux jusqu’à 18.500 euros d’amende ou être condamnés à deux ans de prison.
Dans un pays qui s’est targué de libéraliser la prostitution et le proxénétisme, c’est ce que l’on peut appeler une capitulation en rase campagne.

P.-S.

source : AFP, 15 avril 2010


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