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1949-2009 : 60 ans d’inaction sur la prostitution

décembre 2009, par Comité de rédaction

60 ans ont passé depuis l’adoption la Convention des Nations Unies du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, texte fondateur qui condamne le proxénétisme au nom des droits humains et fait de la prostitution une atteinte à la dignité. En le signant, les Etats s’engageaient à mettre en œuvre une politique de réinsertion des personnes et l’organisation d’une véritable prévention de la prostitution (convention ratifiée par la France en 1960).

En ce jour anniversaire, plusieurs organisations engagées dans la lutte contre la prostitution et les violences faites aux femmes dressent un constat amer.

Le Mouvement du Nid, association abolitionniste française [1], met les pouvoirs publics devant leurs responsabilités : Que fait la France pour respecter ses engagements internationaux ? demande l’association dans un communiqué de presse.

De sa présence sur le terrain, le Mouvement du Nid tire un bilan préoccupant : persistance de la violence vécue par les personnes prostituées, adaptation fulgurante du proxénétisme aux "nouvelles technologies" (Internet, réseaux sociaux...), et de manière générale, banalisation des comportements sexistes - qui sont le terreau du système prostitutionnel -, notamment chez les jeunes. Malgré ces constats, l’immobilisme des pouvoirs publics semble inébranlable :

60 ans ont passé. La prostitution est devenue une entreprise florissante pour le plus grand bonheur du capitalisme libéral. (...) La violence est toujours ce qu’elle était. Et les « clients » prostitueurs restent confortés dans leur “droit” d’acheter un rapport sexuel. (…) A quoi bon parler d’égalité, de lutte contre les violences faites aux femmes dans la Grande Cause Nationale 2010 décidée par le gouvernement si la même complaisance envers les proxénétes et les prostitueurs ("clients") perdure ?

De son côté, l’Amicale du Nid [2], autre association abolitionniste française, rappelle le célèbre Préambule de la Convention :

Considérant que la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine et mettent en danger le bien-être de l’individu, de la famille et de la communauté…

et constate que

dans le pays qui se veut celui des droits de l’homme, ce préambule nous interpelle alors que se développe un mouvement de banalisation de la prostitution et du tourisme sexuel (…). Les moyens déjà très insuffisants sont de plus en plus réduits (...) La prostitution disparaît des priorités de la politique sociale, le proxénétisme n’est pas réprimé de manière suffisante (…) la réinsertion des personnes prostituées et la prévention de la prostitution sont ignorées.

Le Lobby européen des Femmes (LEF), vaste coalition d’associations engagées pour les droits des femmes dans l’Union européenne (plus de 2500 organisations basées dans les 27 États membres de l’UE), et EPACVAW, sa branche dédiée à la lutte contre les violences, frappe fort en réclamant :

A l’occasion de ce 60ème anniversaire, le LEF demande instamment aux institutions européennes et aux Etats membres de reconnaître la prostitution comme une forme grave de violence faite aux femmes (...) en intégrant la prostitution dans les futurs instruments légaux dont elles/ils se doteront.

Cette convention est le fruit d’un long combat abolitionniste et féministe, et s’inscrit dans le corpus d’instruments internationaux universels des Nations Unies pour lutter contre toute forme d’esclavage et d’exploitation des êtres humains, a rappelé Brigitte Triems, présidente du LEF.

Le LEF reconnaît dans la prostitution l’une des formes - intolérable de la violence masculine, en vertu de quoi

il faut cesser de faire croire à l’opinion publique que la prostitution est un choix. Il faut se battre pour préserver la dignité humaine et empêcher le corps humain et la sexualité d’entrer dans le champ du marché. C’est pour cela que nous voulons faire reconnaître pleinement le statut de victime aux personnes prostituées et faire valoir leurs droits d’êtres humains dignes. C’est à l’acheteur-prostitueur et au proxénète d’être punis et blâmés, qui réduisent le corps des femmes et leur sexualité au statut de marchandises.

La tolérance du l’UE pour le système proxénète et son choix de ne pas engager une politique d’envergure, coordonnée, contre toutes les formes de violence masculine envers les femmes ont créé un terreau favorable aux exploiteurs : les proxénètes mais aussi les prostitueurs, qui sont déculpabilisés selon le mot du Lobby européen des femmes : La traite des femmes et le tourisme sexuel sont les conséquences directes de l’impunité dont bénéficient les proxénètes et les acheteurs-prostitueurs.

Du local au national et jusqu’au cadre européen, cet anniversaire est donc dominé par l’exigence d’une politique cohérente, ambitieuse et capable réellement de mettre fin au système de domination et de violence que constituent le proxénétisme et la prostitution. Le Mouvement du Nid va jusqu’à faire le vœu que ce 2 décembre marque le début d’une ère nouvelle : celle qui verra le corps et la sexualité exclus du champ du marché ; une ère où ni les femmes ni les hommes ne seront des produits à consommer, des marchandises à négocier.

Notes

[1Le Mouvement du Nid est également l’éditeur de ce présent site.

[2À ne pas confondre avec le « Mouvement »... l’Amicale, employant des travailleurs sociaux, gère des lieux d’accueil, d’hébergement et d’insertion.


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