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Le Lobby Européen des Femmes met en cause la "tolérance" de l’UE pour le système prostitutionnel

octobre 2009, par Elise Guiraud

Il est grand temps que l’UE et ses États membres se penchent sérieusement sur les raisons qui font d’eux des destinations attrayantes de part le monde pour l’exploitation sexuelle des femmes, a déclaré Colette De Troy, directrice du Centre européen pour une politique contre la violence faite aux femmes (EPACVAW).

À l’occasion de la Journée européenne contre la traite des êtres humains du 18 octobre 2009, EPACVAW [1] et le Lobby européen des femmes (LEF) ont regretté que la conférence ministérielle organisée les 19 et 20 octobre par l’Union européenne et consacrée à la lutte contre la traite fasse l’impasse sur l’égalité hommes-femmes.

Pourtant, 80% des victimes de la traite sont des femmes, et l’essentiel de la traite des êtres humains vise à alimenter le système prostitutionnel. Selon Brigitte Triems, présidente du LEF/EPACVAW, la conférence ministérielle des 19 et 20 octobre ne vise pas à dénoncer les véritables causes de la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle.

Au contexte général de maintien des inégalités et des violences pesant sur les femmes, s’ajoute l’impunité dont bénéficient les proxénètes dans plusieurs États membres. Or, cette impunité a un effet direct sur le volume de la traite à des fins de prostitution : plus on favorise le marché en l’organisant et en dépénalisant le proxénétisme, plus la prostitution augmente et plus le marché illégal qui l’alimente augmente également, et ce d’autant plus dans un contexte libéral globalisé [2].

En l’absence de politique européenne engagée contre toutes les formes de violence masculine envers les femmes, le proxénétisme a pu se développer, souvent en toute légalité. La traite des femmes et le tourisme sexuel sont les conséquences directes de l’impunité dont bénéficient les proxénètes et les acheteurs-prostitueurs, explique Brigitte Triems.

Ce vide politique en matière de lutte contre les violences, et l’encouragement donné aux proxénètes par les pays réglementaristes avec la bénédiction de l’UE, ont des conséquences sur l’ensemble des femmes. Colette De Troy remarque : (...) il ne faut pas s’étonner de voir une augmentation de la violence envers les femmes. L’acceptation du système prostitutionnel, qui représente une forme de violence envers les femmes, a une influence directe sur l’acceptation par la société de la possibilité pour les hommes de contrôler et utiliser les corps des femmes et leur sexualité.

Le Lobby européen des femmes et EPACVAW demande une action politique ferme de l’UE afin d’éliminer toutes les formes de violence masculine envers les femmes au sein de ses frontières et à l’extérieur de son territoire. De plus, si elle veut s’attaquer ambitieusement à la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle, l’UE doit en priorité lutter contre la demande et le proxénétisme, par des campagnes de sensibilisation, des programmes d’éducation à l’égalité, et la mise en place de sanctions efficaces envers les acheteurs-prostitueurs et les proxénètes.
Il s’agit, ni plus ni moins, de réaliser un engagement européen en faveur du droit des femmes à leur intégrité physique, morale et sexuelle.


Consultez les sites du Lobby européen des Femmes et d’EPACVAW.

P.-S.

source :
Communiqué de presse du Lobby européen des femmes et du Centre européen pour une politique contre la violence faite aux femmes, 14 octobre 2009 : Traite des femmes : la tolérance de l’UE pour le système prostitutionnel en cause, à télécharger sur cette page.

Notes

[1EPACVAW est la branche dédiée à la violence envers les femmes du Lobby européen des femmes (LEF), plus grande coalition d’associations de femmes dans l’Union européenne (plus de 2500 organisations basées dans les 27 États membres de l’UE).


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