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Comment faire de l’éducation à la sexualité au collège et au lycée

juillet 2006, par Florence Hodan

Le guide d’intervention du ministère de l’Éducation nationale pour les collèges et les lycées aborde enfin la question de la prostitution comme faisant partie intégrante de l’éducation à la sexualité.

Il propose en effet un ensemble d’activités à mettre en œuvre dans les établissements autour de huit thèmes : la sexualité humaine, la loi et la sexualité, l’éveil à la sexualité et à la rencontre de l’autre, l’identité sexuelle, les rôles et stéréotypes de rôles, la contraception et le désir d’enfant, la prévention des IST et, enfin, l’argent et la sexualité.

Ce dernier thème propose en fait d’identifier les différentes formes d’exploitation commerciale de la sexualité : la nudité utilisée à des fins marchandes dans les publicités et dans certains clips vidéos, la pornographie et la prostitution. Quelques affirmations sont proposées à la discussion avec l’objectif affiché de changer le regard des jeunes sur le phénomène prostitutionnel et les mythes qui s’y rattachent.

L’ensemble forme une proposition très cohérente ; cependant les thèmes ne sont, dans la pratique, pas tous abordés par les intervenants et l’on n’est donc pas sûr que la prostitution le sera davantage.

Des difficultés renforcées pour les plus jeunes ?

Les données recueillies en 2002 par Fil santé jeunes, numéro vert, anonyme et gratuit pour les 12-25 ans, montrent que plus les filles sont jeunes lorsqu’elles s’engagent dans la sexualité, plus elles cumulent de peurs : du sida, de la grossesse, de mal faire. Cette peur du jugement sera d’autant plus forte que la confiance en soi et dans l’autre n’est pas au rendez-vous.

Pour autant elles n’osent pas toutes dire non et acceptent souvent un premier rapport sexuel pour ne pas être rejetées et pour “faire plaisir” à leur ami. Ce constat illustre que l’apprentissage de la capacité à refuser, s’il inclut la conscience du droit de chacun à dire non, nécessite un entraînement dans une situation sans enjeu, où le comportement peut être répété plusieurs fois jusqu’à ce qu’il soit maîtrisé.

Il s’agit là d’une démarche d’affirmation de soi, qui reste marginale dans les pratiques de prévention. En effet, dans ce guide, seule une séance, non-obligatoire, intègre un jeu de rôle dédié à la capacité à faire des choix et relié à celle de refuser un rapport sexuel non protégé.

Des représentations aux comportements

L’éducation à la sexualité fait partie de la politique nationale de prévention des risques et de protection des enfants et des adolescents scolarisés. Dès lors on peut s’interroger sur les méthodes et les objectifs.

En effet, les objectifs poursuivis sont éducatifs et très ambitieux. Les méthodes proposées, sans remettre en cause leur intérêt, permettent d’animer des discussions et de travailler sur des représentations.

Ce constat nous amène à une question de fond : celle des postulats qui fondent la prévention et l’éducation à la sexualité. L’approche retenue ici repose sur l’analyse et la prise de conscience. En cela elle se rapproche donc de l’approche analytique, dominante en psychologie.

Or, les recherches en psychologie du comportement nous montrent que les mises en situation à travers des jeux de rôles sont fondamentales dans l’apprentissage ou l’actualisation de comportements favorables à la santé, tant physique que mentale. L’approche par les représentations est importante car l’éducation à la sexualité ne se réduit pas à la prévention des risques. Mais il serait nécessaire qu’elle soit équilibrée par une approche plus comportementale qui ne se réduise pas elle-même à la capacité de dire non. Est-ce ou non réalisable dans le temps imparti à l’éducation à la santé ?

Pour qu’une évolution des pratiques puisse avoir lieu, l’exigence doit dorénavant être posée.

Le guide d’intervention et le guide du formateur peuvent être téléchargés sur le site internet du ministère de l’Éducation nationale ou ici-même sur cette page.

Des sujets d’intérêts différents pour les filles et les garçons

L’éducation à la sexualité est-elle genrée ? Doit-elle séparer parfois filles et garçons ?

Les résultats d’une enquête du rectorat de Paris et de la Caisse régionale d’assurance-maladie d’Île-de-France (2002) sur l’éducation à la sexualité auprès de jeunes lycéens, posent la question.

L’enquête montre notamment que la contraception reste une responsabilité féminine. En effet, si 45% des filles interrogées s’intéressaient à la question, ce n’était le cas que de 23% des garçons. De la même manière, maternité et paternité intéressaient 36% des filles contre seulement 24% des garçons.

Alors que les garçons étaient 57% à préférer le thème désir/plaisir, 53% des filles préféraient quant à elles s’intéresser aux liens entre cultures, religions et sexualité et 44% aux difficultés sexuelles. En revanche, trois thèmes sont communs aux filles et aux garçons :
les IST et le sida, les relations hommes/femmes et les relations amoureuses.

P.-S.

Prostitution et Société, numéro 154 / juillet - septembre 2006.


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