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Prévention : penser en termes positifs !

avril 2011, par Florence Hodan

Peut-on penser la prévention en termes positifs... et pas seulement de dangers à éviter ? L’intérêt de cette démarche est de prendre en compte les facteurs de risques, mais aussi les ressources dont disposent les individus et de leurs proches pour se protéger. Voici quelques exemples de bonnes pratiques, et les questions essentielles à se poser.

Bien que l’on connaisse tous les risques dont il faudrait prévenir nos jeunes, sait-on pour autant ce qui leur permet de se développer au mieux de leurs capacités ? Sait-on dire ce qui est nécessaire pour favoriser leur bien-être affectif, social, intellectuel ?

Pour Jacques Lecomte [1], docteur en psychologie, le développement positif des jeunes est une perspective globale : Il y a derrière cette expression l’idée d’une croyance en la valeur des jeunes et en l’importance d’apprendre à contrôler sa vie. Pour le psychologue, un jeune en difficulté est apte à changer, il ne faut pas l’enfermer dans son statut actuel. La prévention primaire a ainsi pour but de développer les compétences, à construire, à faciliter le développement des ressources des jeunes. De plus en plus, il y a l’idée qu’il ne faut pas seulement essayer de résoudre ce qui ne va pas mais qu’il faut aussi développer les ressources potentielles, même si elles ne sont pas immédiatement évidentes [2].

Une perspective optimiste derrière laquelle se cache peut être aussi un moyen inattendu pour les professionnels et les parents de ne pas se laisser enfermer dans une communication uniquement négative avec leurs jeunes.

De quoi les jeunes ont-ils besoin pour bien se développer ?

Voilà bien une question que l’on se pose rarement ! Dans le domaine de la prévention, les thèmes d’intervention sont dans 99% des cas choisis par les équipes éducatives.

Le lien, les relations affectives, le fait de poser des règles sont des éléments importants de la capacité de résilience de jeunes en souffrance. La rencontre avec des adultes capables de leur manifester de l’affection tout en posant des règles claires leur permet de donner du sens à ce qu’ils vivent et une direction à leur vie.

Mais ce qui est vrai pour la résilience l’est aussi pour l’éducation habituelle. Le lien et la loi qui conduisent au sens c’est ce que j’appelle le triangle de la résilience, c’est aussi le triangle de l’éducation familiale dit Jacques Lecomte. Des relations affectives, un regard posé sur soi-même et les autres, ses croyances, ses valeurs, ses conceptions de l’existence, des règles et de l’action sont autant d’aspects du développement positif d’un jeune.

Les 6 piliers du développement positif des jeunes

Les aspects du développement positif des jeunes sont multiples mais plusieurs recherches ont identifié les aspects suivants [3].

  • Le sentiment de compétence, la conscience de ses propres possibilités dans les domaines social, scolaire, cognitif, de choix professionnels ;
  • La confiance, un sentiment interne de valeur globale, personnelle et d’efficacité ;
  • Le caractère, le respect des règles sociales, la conception du bien et du mal ;
  • La compassion, c’est-à-dire l’intérêt pour les autres, l’empathie ;
  • La contribution, le fait de s’engager pour soi-même et pour les autres ; en quelque sorte l’empathie traduite en actes.

Le poids de l’environnement familial et social

Il ne faudrait pas en conclure que le développement positif des jeunes est avant tout individuel. Si la notion de tempérament peut être prise en compte, il ne faut pas oublier les interactions réciproques entre l’individu et son milieu. Pour que le sentiment de compétence, la confiance, l’empathie ou l’envie de s’engager puissent se développer, il faut que le milieu familial et social soient favorables.

Dans la famille, quel est le degré d’amour et de soutien ? La communication existe-t-elle, est-elle positive ? Encouragez-vous la réussite scolaire en aidant votre enfant à agir avec méthode ou pratiquez-vous par injonction (il faut travailler c’est important pour l’avenir, mais comment tu n’y arrives pas, c’est pourtant simple !) ?

Savez-vous si votre enfant se sent en sécurité à la maison ? Quelles sont les règles que vous avez fixées, sont-elles claires, accompagnées de conséquences en cas de manquement, les enfants les connaissent-ils ?
Mettez-vous en pratique ce que vous prêchez pour vos enfants en tant que bonne conduite ?

Vous intéressez-vous à ce qu’aime votre enfant, l’encouragez-vous à développer des relations sociales, à faire du sport ou à pratiquer d’autres activités ou préférez-vous qu’il reste bien sagement à la maison ?

L’environnement scolaire ou social en général permet-il au jeune de bénéficier de l’appui de plusieurs adultes autres que les parents ? Est-il bienveillant, stimulant ? Permet-il au jeune de prendre une place, d’avoir des activités utiles ou du moins un rôle à tenir ? Les règlements en usage dans les lieux fréquentés par les jeunes sont-ils clairs, connus d’eux ? Quels modèles offrent-il aux jeunes ? Permet-il au jeune de trouver des sources d’inspiration, donne-t-il envie d’agir, propose-t-il des occasions d’engagement personnel et social ou des activités de loisirs accessibles ?

Et si ce n’est pas le cas, comment peut-on y remédier ? C’est là que la question devient politique car le développement positif des jeunes passe aussi par la perception qu’ils ont de l’intérêt que la communauté leur accorde.

L’importance des relations interpersonnelles

On le voit les relations interpersonnelles, sociales, ont un rôle central. Nous parlons souvent dans nos articles de l’influence désastreuse que peut avoir la rencontre de personnalités manipulatrices. Il est vrai que l’entrée dans le système prostitutionnel est encore et toujours favorisée par la rencontre d’une tierce personne avec qui une relation affective, amoureuse, se noue.

Bien que la plupart des rencontres qu’il fera dans sa vie auront un impact positif ou neutre comment éviter ces fameuses "mauvaises rencontres" à un enfant, un•e adolescent•e ? En lui apprenant très tôt à se faire et à choisir ses amis !

Choisir ses amis

Critiquer un•e ami•e dont le look ne nous plaît pas ou dont nous estimons qu’il ou elle a une mauvaise influence sur notre enfant, l’empêcher de le ou la fréquenter est un réflexe classique, mais dont on se rend rapidement compte qu’il produit l’inverse de ce que nous voudrions obtenir.

Et si au lieu de vouloir éviter les mauvaises influences on apprenait aux enfants à choisir leurs amis ? Parents, sauriez-vous citer 3 choses à faire pour y aider votre enfant ?

Demandez-lui par exemple ce qu’il aime bien chez tel copain, invitez-le à la maison et prenez un peu de temps pour discuter tous ensemble ; sachez garder la bonne distance toutefois, sinon vous deviendrez envahissant•ee.

Quand votre enfant vous raconte une dispute qui le concerne directement ou dont il a été spectateur, émettez-vous un jugement, ou l’aidez-vous à décortiquer ce qui favorise ou non la bonne entente dans un groupe et le respect de soi et des autres ?

Quand il vous raconte que tel copain ou copine l’a aidé à réussir quelque chose, lui a proposé de jouer alors qu’il ou elle était tout•e seul•e dans son coin, etc, l’encouragez-vous à considérer ces comportements comme positifs ah oui ? c’est sympa de sa part ! mais ça fait plusieurs fois que tu me parles de lui, ça a l’air d’être un bon copain ?, ou au contraire vous taisez-vous alors que vous n’êtes pas avare de commentaires quand il s’agit de souligner les aspects négatifs de tel ou tel ?

Aidez le à y voir clair quand il vous parle de situations dans lesquelles des enfants exercent une pression négative sur d’autres. Profitez-en pour lui rappeler chaque fois qu’il y a des limites, y compris à l’amitié, que l’on peut ou l’on doit dire non... tout en lui disant très clairement que vous savez que c’est difficile dans ces cas-là, car on a peur de se retrouver tout•e seul•e. Amusez-vous, invitez-le à se mettre en situation et toi tu ferais comment dans ces cas-là pour dire non ?

Résister à la pression

Résister à la pression négative c’est entre autre savoir dire non. Avez-vous appris à votre enfant comment faire ? Acceptez-vous qu’il VOUS dise non ? Lui laissez-vous un espace de négociation dans la vie familiale, ou bien considérez-vous que vous, parent, êtes seul à décider ?

Bien sûr il ne s’agit pas de négocier sur le fait d’aller ou non à l’école, de se laver, de manger à table plutôt que devant la télé par exemple. Mais avez-vous réfléchit à une liste de choses sur lesquelles vous pourriez laisser votre enfant décider s’il les fait ou non, maintenant ou plus tard ? Acceptez-vous qu’il choisisse le pull gris quand vous trouvez que le bleu lui va tellement mieux ?

C’est pourtant un bon moyen de lui montrer que vous le respectez en tant qu’individu, que vous acceptez qu’il ou elle fasse des choix. C’est lui apprendre l’autonomie. Vous êtes une figure d’autorité, lui laisser cet espace de liberté c’est lui apprendre à respecter l’autorité, pas à la craindre ni à s’y soumettre.

Si vous lui montrez qu’il peut vous dire non sur certains points sans que cela ne déclenche ni cris, ni violence, ni retrait d’amour de votre part, vous lui apprenez à savoir se situer face aux autres, vous lui montrez qu’il est respecté et il ne vous en aimera que davantage.

Notes

[1Jacques Lecomte, Guérir de son enfance, 2004, et Donner du sens à sa vie (2007), Odile Jacob.

[2Tu peux y arriver. Comment renforcer le sentiment d’efficacité personnelle des jeunes, Actes du colloque "Compétences sociales : de l’éducation à la prévention, délégation du Mouvement du Nid des Hauts-de-Seine", 2007.

[3Une équipe de chercheurs a tout d’abord parlé des "5 C" : R.M. Lerner, C.B. Fisher, R.A. Weinberg, Toward a Science for and of the People:Promoting Civil Society through the Application of Developmental Science, Child Development, 71(1), 2000.
Le sixième C a été rajouté par Gord Miller : G. Miller, Developmental Goals, Guiding Principles and Practice in the Community-Wide Implementation of Positive Youth Development 2006.


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