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Prostitution et addictions, un sujet inédit en Haute-Corse

juin 2015, par Alexis Lauziet

Une journée de sensibilisation aux conduites addictives des femmes, proposée le 4 juin 2015 à Bastia, a su évoquer le système prostitutionnel, souvent passé sous silence. L’occasion d’une nécessaire prise de conscience face à un sujet encore méconnu même des professionnelLEs.

Addiction au féminin, mythe, réalité, enjeux. La conférence proposée par l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie - Corse (ANPAA), en partenariat avec la Mission Départementale aux Droits des Femmes et à l’Egalité de Haute-Corse, le 4 juin 2015, à Bastia, a eu le mérite de poser le sujet en des termes élargis. Il est rare en effet que le questionnement sur les conduites addictives, sur la particulière vulnérabilité des femmes, sur le regard stigmatisant porté sur elles, sur les violences auxquelles elles sont exposées, s’encombre de la question de la prostitution.

Grâce à l’énergie de Fabienne Gérard, directrice de l’ANPAA, et de Dominique Nadaud, déléguée aux droits des femmes, cette journée de sensibilisation à la problématique des addictions au féminin a donc pu s’enrichir d’un angle habituellement passé sous silence. En Corse où la prostitution est très cachée et la rumeur seul canal "d’information", le sujet demeure hautement tabou.

Face à une salle à 95% féminine, les interventions des docteures Christine Latimier, médecin addictologue venue du Morbihan, qui a détaillé les liens entre addictions et violences, et Marijo Taboada, psychiatre parisienne, conseillère médicale en périnatalité (qui a rappelé que les mères ne se résument pas à ce statut mais qu’elles sont aussi des femmes) ont ainsi été complétées par celle de notre collaboratrice Claudine Legardinier.
Elle a donc pu développer les liens entre prostitution et recours à l’alcool, aux drogues et aux médicaments, observés quotidiennement par le Mouvement du Nid (et chiffrés dans l’enquête Prost Cost), mais aussi relevés par les enquêtes récentes de santé [1] (Igas, Pro Santé). Au delà de la question des consommations personnelles, elle a souligné à quel point l’alcool comme la drogue sont inséparables du système proxénète : consommation obligatoire pour les personnes prostituées engendrée par le milieu des bars, clients prostitueurs que l’exercice de la "virilité" pousse souvent à s’alcooliser, réseaux"multicartes" acheminant femmes et cocaïne, par exemple en Espagne dans les bordels de la Jonquère… Elle a tenté de montrer la difficulté de sortir du double enfermement et de la double marginalisation créés par la prostitution et les drogues. Une première sensibilisation qui devrait en appeler d’autres…

Notes

[1Pour plus d’informations à ce sujet, nous vous suggérons notre dossier Prostitution, la santé dégradée qui recense les enquêtes les plus récentes en la matière.


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