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Cybersexisme, harcèlement... des outils pour soutenir efficacement les victimes

juin 2015, par Juliette Quidet-Marty

Pour la première fois en France, une campagne de sensibilisation au cybersexisme à destination des adolescentEs a vu le jour. Lancée par le Centre Hubertine Auclert en Île-de-France, elle s’est étalée sur les murs des gares de métro et de RER franciliens, début avril 2015.

Cette initiative résulte de différentes études sur le sujet. Fin 2014, le Centre Hubertine Auclert a organisé un colloque à Paris Les cyberviolences sexistes et sexuelles : mieux les connaître, mieux les prévenir. Le rapport qui en découle fait état de la situation actuelle et s’avère plutôt alarmant. Un adolescent sur quatre, aujourd’hui, se déclare victime d’humiliations et de harcèlement en ligne concernant ses attitudes (apparence physique, comportement amoureux ou sexuel).

Parmi ces victimes, 76 % ne savent pas comment réagir à une situation de cyberviolence. Il est question dans ce rapport, quand il s’agit de cyberharcèlement, de violences ayant lieux au moins une fois par semaine sur une durée d’au moins un mois.

En ligne, la violence possède des caractéristiques particulières : l’anonymat y est facilité, l’usurpation d’identité est plus facile, elle a un fort pouvoir de dissémination car un clic suffit à la diffuser sur toutes les plateformes et pour une durée infinie. On parle aussi d’effet cockpit : il y a une distance entre agresseur et agressé, l’agresseur ne voit pas directement les effets sur sa victime, l’écran lui fournit un barrière virtuelle qui minimise l’impact.

Par ailleurs, les conséquences de ces actes dégradent directement le rapport des victimes à leur corps, leur physique et à leur estime d’eux-mêmes. Le rapport constate également que les jeunes victimes de cyberharcèlement sont en situation d’échec scolaire, voient leurs résultats baisser et leur absentéisme augmenter. En effet, explique Catherine Blaya, présidente de l’Observatoire international des la Violence à l’École, il suffit d’un message ou d’une photographie pour que le jeune refuse de retourner à l’école, ce qui est bien légitime lorsqu’il ne sait pas qui est l’agresseur (…) et que chaque personne croisée est susceptible d’avoir vu le message ou la photographie ou d’être l’agresseur. La seule solution est la fuite. Et quand il s’agit d’en parler, seuls 7% des victimes déclarent vouloir en parler avec un adulte de l’établissement scolaire. Cela s’explique notamment par la peur de briser la loi du silence, mais surtout parce que les victimes se sentent honteuses et ne veulent pas parler de ce qu’elles vivent pour ne pas renforcer la violence et le manque d’estime de soi dont elles souffrent.

Bien entendu, le cyberharcèlement rentre dans le prisme des stéréotypes et discriminations sexistes. Les filles sont 1,3 fois plus victimes de cyberviolence que les garçons, et ne subissent pas le même type de violence. La leur est plus sexuée, plus basée sur le physique, tandis que les garçons sont plus ostracisés et mis à l’écart. Pour le comprendre et l’appréhender, selon Jessica Ringrose et Emma Renold, toutes deux sociologues, il faut comprendre la manière dont le sexisme quotidien affecte et forme l’ensemble des relations tant en ligne que hors ligne. Par exemple, le corps des filles constitue une monnaie d’échange virtuelle, il n’est pas rare de voir des classements des filles par classe basé sur le physique, tandis que le fait qu’avoir un petit ami peut faire basculer une jeune fille dans la catégorie de pute si elle en a trop, de lesbienne ou de frigide si elle n’en a pas, etc. Pour ces sociologues, il existe un lien entre les garçons rencontrant des problèmes avec leur masculinité et le harcèlement sexuel. En effet, l’insulte la plus extrême pour un garçon dans ce genre de situation est d’être considéré comme homosexuel, s’il ne rentre pas dans ce petit jeu de domination masculine. Par exemple, expliquent les deux sociologues, la possession d’images des de leurs petites amies dénudées est une preuve de la masculinité et de l’hétérosexualité active des garçons, qui craignent d’être étiquetés comme gays s’ils ne participent pas à ces pratiques.

Comment agir ? Car ces cyberviolences arrivent trop souvent, et de plus en plus tôt : le rapport mentionnent qu’elles peuvent commencer vers l’âge de 10-11 ans. Malheureusement, la violence s’apprend : le cadre familial, la façon dont l’enfant a été éduqué et confronté aux violences sexistes rentrent en jeu. Quels sont les moyens, ensuite, pour y remédier ?

Concernant la législation française en place pour ces cyberviolences les couvrant sous toutes ces formes, elle existe, mais il y a : d’une part une difficulté pour qualifier et quantifier les faits, et donc de mettre la loi en pratique, et d’autre part une prescription de trois ans de manière générale pour les infractions de ce genre. Un délai bien court lorsqu’on sait que les victimes peuvent mettre déjà très longtemps à en parler.

Justine Atlan, présidente de l’association e-Enfance, souligne toutefois que l’impossibilité d’agir sur ces sujets liés à internet est un fantasme. La réalité montre que les réseaux sociaux se sont tout de même grandement améliorés. Ils traitent vraiment en priorité la problématique du cyberharcèlement et des cyberviolences, notamment entre mineurs. Heureusement, donc, les réseaux sociaux et plateformes internet sont enclins à aider, tandis que des programmes sont mis en place à côté : le numéro vert national Net écoute (0 800 200 200), par exemple, en lien avec l’association et la Commission européenne et du ministère de l’éducation nationale. En 2011, conventionné par le ministère de l’Education nationale, ce numéro a également été officiellement dédié la disposition du monde éducatif au sens large : professeurEs, CPE, etc (il a été consulté plus de 6500 fois en 2013). Par ailleurs, des formations du personnel sont organisées, de plus en plus.

Pour lutter contre le cybersexisme, il faut en arrêter la banalisation : le projet du Centre Hubertine Auclert est très clair. La campagne de publicité a justement cherché à interpeller sur ce point précis, dans le but de faire prendre conscience que dans l’usage des outils numériques, certaines actions et messages ont un fondement sexiste qui se base sur des préjugés, et que ces actes constituent une violence à caractère sexiste et sexuel. Le centre annonce également d’autres projets, notamment une réflexion sur la manière de faire du numérique un allié de l’égalité-hommes-femmes et non pas son défouloir le plus honteux.

Les outils

Sur le site du Centre Hubertine Auclert, des fiches pédagogiques, des informations et des affiches destinées aux jeunes, à leurs parents et aux équipes éducatives.
Kit cybersexisme

Sur le site de la campagne, retrouvez également des informations pour se défendre et agir ! Stop cybersexisme

Dépliant Agis contre le cybersexisme !

P.-S.

A lire aussi : Mots rumeurs, mots cutter et Catherine Blaya, présidente de l’Observatoire international des violences à l’école.

Cet article est paru dans le numéro 185 de notre revue, Prostitution et Société. Pour nous soutenir et nous permettre de continuer à paraître, abonnez-vous !


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