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Le Lobby européen des femmes entre en campagne contre le système prostitutionnel

juin 2011, par Elise Guiraud

Le 17 juin 2011, le "Lobby", institution européenne rassemblant plus de deux mille organisations travaillant en faveur des droits des femmes, donnait le coup d’envoi à sa campagne "Prostitution, changeons de point de vue". Dynamisée par un clip vidéo volontairement brutal, cette campagne entend modifier la perception de la prostitution communément partagée tant par les citoyenNEs que par les gouvernements.

"Prostitution, changeons de point de vue", outre le clip vidéo [1], offre également de nombreuses ressources - informations, témoignages, initiatives nationales - sur le système prostitutionnel, au fil d’un espace réservé sur le site du Lobby Européen des femmes : Ensemble pour une Europe libérée de la prostitution. Il est possible de s’engager, en tant qu’individu, à ne pas être complice de cette exploitation et inciter ses éluEs à prendre également position.

Si l’Union européenne n’est pas compétente pour agir sur le sujet de la prostitution à proprement parler - ce domaine reste chasse gardée des États - le Lobby européen des femmes défend néanmoins la pertinence d’une campagne à dimension européenne : d’une part, parce que tous les États membres sont évidemment concernés par les violences sexistes et parmi elles, la prostitution ; et d’autre part, de manière pragmatique, pour contribuer à traduire concrètement les aspirations à un monde sans prostitution : beaucoup en rêvent, constate l’association, mais, en pratique, comment l’atteindre ?

Partant de ce constat, le Lobby européen des femmes choisit, grâce à ces outils de sensibilisation (le clip vidéo notamment est disponible dans toutes les langues de l’Union européenne) de faire parler les gens de la prostitution, de confronter les idées qu’ils s’en font, à la réalité. Il porte aussi une perspective politique, sous la forme d’une plate-forme concise de revendications : faire reconnaître la prostitution au rang des violences faites aux femmes, et comme un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes ; décriminaliser entièrement les personnes prostituées elles-mêmes, et mettre à leur disposition des services et des alternatives dans les domaines de la santé, de la formation et l’emploi, du logement... ; poursuivre les proxénètes, mais aussi pénaliser les "clients" prostitueurs, qui doivent être tenus pour responsables de leurs actes.

Cette vision, selon les mots du député européen Proinsias de Rossa (Parti travailliste irlandais), fait écho à une nécessité que le député traduit ainsi : Il est temps pour nous d’ouvrir les yeux sur la réalité de la prostitution dans nos sociétés, et d’admettre son incompatibilité absolue avec les valeurs d’égalité entre les sexes et de dignité humaine, que l’Union européenne a épousées et auxquelles elle est légalement liée. Si l’Union européenne s’avisait de traduire dans les faits les valeurs d’égalité entre les sexes invoquées par de Rossa, nul doute qu’une politique abolitionniste trouvera sa place dans son calendrier, ainsi que l’y invite le Lobby européen des femmes.

P.-S.

Les citations sont tirées du communiqué de presse du LEF, disponible sur son site.

Notes

[1En donnant corps à une situation imaginaire - celle d’un homme prostitué recevant une succession de "clientes" - ce clip vidéo d’une minute entend provoquer un moment de réflexion et d’empathie, selon Patric Jean, co-réalisateur du clip et auteur du documentaire La Domination masculine. Nous demandons aux spectateurs de se mettre à la place d’une personne prostituée et de s’imaginer ce que cela peut représenter de louer son corps et sa sexualité pour de l’argent. Si cet aspect basique de la réalité de la prostitution les rend mal à l’aise ou pire, alors ils devraient se positionner contre le système prostitueur.


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