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Un autre défi pour Copenhague, en finir avec la prostitution

décembre 2009, par Elise Guiraud

Comme il est désormais de coutume lors de la tenue d’événements politiques ou sportifs assurant la venue de nombreux visiteurs internationaux, le marché prostitutionnel a connu un brutal développement à Copenhague où se tient, du 7 au 18 décembre 2009, la Conférence mondiale de l’ONU sur le climat. Cette démonstration criante des trafics et de l’exploitation relance le débat au Danemark et plaide en faveur du "modèle suédois".

Ritt Bjerregaard, la maire socialiste de Copenhague, a souhaité sensibiliser les conférenciers et les partenaires touristiques à la recrudescence du trafic de personnes prostituées suscité par l’événement. Les hôteliers avaient ainsi reçu une lettre leur demandant de ne pas faciliter le contact entre les clients et les prostituées. À l’intention des visiteurs, une carte postale [1] a été réalisée dont le slogan proclamait : Soyez responsable ! N’achetez pas de sexe !

Cette initiative originale répond aux inquiétudes relayées tant par les services sociaux de la ville que par les forces de l’ordre. Le commissaire de police Lars-Christian Borg [2] a en effet déclaré : Nous avons constaté un afflux de prostituées venues des pays de l’Est dans les rues de Copenhague. Un des hôtels de Copenhague, le Guldsmeden, qui a décidé de sa propre initiative de s’engager dans la prévention de la prostitution, explique sa prise de conscience par le constat suivant : Le milieu est devenu plus dur et les prostituées sont de plus en plus jeunes, jusqu’à 16 ans selon la police.

À la commission des affaires sociales de la mairie de Copenhague, ces observations sont confirmées par Marjrethe Wibel, interrogée par le quotidien France-Soir du vendredi 11 décembre 2009 : Les maquereaux font venir de nombreuses filles du Ghana, d’Algérie ou des pays de l’Est [à l’occasion de la Conférence mondiale sur le climat] pour assurer l’offre. Car, sans conteste, la demande est plus forte lors de ces événements. Ces filles sont souvent très jeunes, ne parlent pas danois, et sont vite lâchées dans la nature.

Marjrethe Wibel défend le "modèle suédois" : Là-bas, les prostituées ne risquent rien auprès de la police. En revanche, leurs clients sont dans l’illégalité. Je pense que c’est la bonne solution. Car ce n’est pas en rendant illégal le travail de ces filles que l’on peut les sortir de là. C’est en interdisant la demande.

La mairie de Copenhague s’est néanmoins attirée les foudres d’une autoproclamée "association de défense des travailleurs du sexe", dirigée par Suzanne Moeller, et dont les effectifs, selon la mairie, atteignent 79 membres... un chiffre à rapporter aux 6000 personnes qui seraient prostituées au Danemark.

L’association, dans une provocation complaisamment relayée par tous les médias, a invité les délégués à la Conférence sur le climat à venir profiter de "passes gratuites" auprès des prostituées de Copenhague, à grand renfort de com’ : conférences de presse, site internet créé pour l’occasion... Cette Suzanne Moeller doit être riche pour lancer de telles idées, constate une personne prostituée interrogée par France-Soir.
Elle évoque ces délégués croisés par une "collègue" : Ils lui ont montré leur badge jaune en riant, disant “alors, c’est gratuit ?”. C’est humiliant.

Notes

[1En illustration de cet article.

[2AFP, 11 décembre 2009.


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