dernière mise à jour ¬ 20/07/17 | jeudi 20 juillet 2017 | je m'abonne | sommaires

Lydia Cacho

Enquête sur l’esclavage sexuel dans le monde

Nouveau Monde, 2011

septembre 2011, par Claudine Legardinier

Séquestrée en 2005 après avoir enquêté sur un réseau international de pédopornographie, distinguée par Amnesty International, lauréate du Prix mondial de la liberté de la presse, la journaliste mexicaine Lydia Cacho a investigué pendant six ans pour mettre à jour les rouages de la traite des femmes. Qui osera encore dire que la traite est un mythe ?

A l’heure où certains s’évertuent à nier son existence pour mieux ouvrir la voie à la toute puissante industrie du sexe, le livre de Lydia Cacho vient à point nommé montrer les véritables dimensions de la traite des femmes. Le constat est implacable : si les auteurs opèrent avec une impunité alarmante, c’est du fait de leurs liens avec les pouvoirs en place.

Pour la journaliste, qui refuse l’idée que l’esclavage sexuel puisse être envisagé comme une réponse acceptable à la pauvreté, on assiste à une recrudescence des réseaux qui pratiquent l’enlèvement, la vente et l’exploitation des femmes et des petites filles, partout dans le monde. Turquie, Israël, Birmanie, Mexique, Japon, Cambodge, Vietnam… Lydia Cacho est allée voir. Sans cacher sa peur (on la voir sortir en courant d’un casino cambodgien dirigé par une triade chinoise ou se déguiser en religieuse pour entrer dans les bordels de Mexico), elle a interrogé l’ensemble des acteurs : trafiquants, clients, mais aussi personnes prostituées dont elle recueille les témoignages avec humanité.

Selon elle, l’exploitation sexuelle fait partie, avec les casinos, des activités de toutes les organisations criminelles : yakusas japonais, triades chinoises, mafias italiennes, russes ou albanaises, cartels de la drogue en Amérique Latine. Le plaisir charnel est essentiel à leur pouvoir économique et politique. La journaliste met à jour les fonctionnements du système, l’action des banques et de la bourse, éléments clé du blanchiment, le rôle majeur des armées, la manne financière que représente la réglementation de la prostitution pour les gouvernements.

Quant aux prétendues actions, à commencer par la lutte contre la traite, elle en dénonce la mascarade quand les autorités et les personnels de migration sont en réalité corrompus, quand les policiers, les militaires, les politiques, les juges sont eux-mêmes clients. Après enquête, même le rapatriement des victimes recouvrirait des arrangements pour se débarrasser de jeunes femmes qui ont fait leur temps.

Mais pour nous, un autre constat de l’auteure est capital : le fait que le discours idéologique sur la "liberté" de se prostituer fait désormais partie des techniques criminelles. Les trafiquants eux-mêmes ont compris les avantages qu’ils pouvaient tirer du parfum libéral et progressiste créé autour du commerce du sexe et de la propagande sur la prostitution dite "volontaire". Lydia Cacho explique comment des dirigeants corrompus pèsent sur les réunions internationales sur la traite et comment ils font passer des lois qui leur sont favorables. Elle parle de l’argent dépensé chaque année par ces investisseurs pour créer un lobby politique en faveur de la normalisation de l’esclavage et cite même un réseau colombien qui finance une campagne de défense des droits des prostituées…

Un certain nombre de passages du livre sont durs – on apprend ainsi que
la Birmanie, avec ses esclaves sexuelles et son nettoyage ethnique, est un camp d’extermination de femmes - mais la charge est salutaire. Lydia Cacho n’épargne personne. Fustigeant des trafiquants qui se servent de la forte dynamique machiste qui régit le monde, elle met clairement en cause les "clients" de la prostitution, citant en exergue Victor Malarek [1] : si les hommes, à travers le monde, ne recherchaient pas de relations sexuelles payantes, il ne serait pas nécessaire de traquer, de rabaisser et de soumettre des millions de femmes et de petites filles et de leur imposer cette expérience déshumanisante.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société numéro 172.

Notes

[1Victor Malarek, The Johns. Sex for sale and the men who buy it ; New York, Arcade, 2009.


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