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Lien entre traite et prostitution : l’impact des législations

mai 2009, par Claire Quidet

Comme le soulignait la convention onusienne de 1949, la traite à des fins de prostitution et la prostitution sont indissociables (la prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution...) La traite s’inscrit dans la logique même du système prostitutionnel, elle n’est qu’un canal destiné à l’alimenter.

Le phénomène était déjà bien connu au XIXe siècle, qui organise la prostitution en maisons closes sous des prétextes "hygiénistes" de lutte contre les maladies vénériennes, et voit s’organiser "la traite des Blanches" pour alimenter notamment les bordels des colonies occidentales & de leurs comptoirs.

La Société des Nations en prend tellement la mesure qu’elle démontre dans plusieurs rapports, le premier datant de 1927, ce lien entre traite et prostitution et la responsabilité de l’organisation de la prostitution et des maisons closes dans l’expansion de la traite des femmes : Les maisons de tolérance provoquent une demande constante de nouvelles victimes ... cette demande, à laquelle répondent les trafiquants, donne naissance à la traite, tant nationale qu’internationale.

C’est ainsi que l’on aboutira d’ailleurs, dans un certain nombre de pays, à la fermeture des maisons closes, comme en France en 1946.

Les systèmes législatifs qui régissent le système prostitutionnel ont donc un effet direct sur le volume de la traite à des fins de prostitution : plus on favorise le marché en l’organisant et en dépénalisant le proxénétisme, plus la prostitution augmente et plus le marché illégal qui l’alimente augmente également, et ce d’autant plus dans un contexte libéral globalisé.

À l’inverse, là où la loi est moins favorable aux proxénètes, comme en Suède par exemple, où non seulement le proxénétisme est criminalisé, mais également la demande, la police a pu constater, notamment à partir d’enregistrement d’écoutes téléphoniques, que les trafiquants tendent à éviter ce pays, jugé trop risqué pour eux.

Enfin, alors que les dernières conventions internationales en matière de lutte contre la traite des êtres humains, notamment à des fins de prostitution, insistent sur la nécessité d’agir sur la demande, l’organisation de la prostitution normalise au contraire le comportement prostitutionnel des clients. Et quant à demander à ceux-ci de se donner la peine de faire la différence entre une personne prostituée victime de la traite et une qui ne le serait pas, de grands organismes internationaux, tels l’ONU, ont dû se résigner à abandonner cette idée, par principe de réalité.

En admettant même la bonne volonté des clients de la prostitution à se prêter à un interrogatoire en règle, qui peut imaginer qu’une victime de la traite admettra être prostituée sous la contrainte, au risque de représailles, ou de ne pouvoir rembourser sa dette ?

Sans le laxisme généralisé entourant la prostitution et le commerce du sexe, la traite des êtres humains n’aurait donc jamais atteint les proportions vertigineuses actuelles, notamment en Europe. Et sans la demande croissante des clients de la prostitution, il n’y aurait pas lieu de prostituer des millions de femmes, d’adolescents et d’enfants à travers le monde.

Il est par conséquent totalement incohérent et inefficace de prétendre lutter contre la traite à des fins d’exploitation sexuelle tout en laissant s’organiser le marché de la prostitution et dépénaliser le proxénétisme. Par analogie, aurait-on pu revendiquer l’abolition de l’esclavage, sans lutter contre les lois qui autoriseraient une personne à en acheter une autre, en s’attaquant uniquement au trafic des esclaves mais pas au système légal de l’esclavage ?

Il est au contraire urgent de travailler à faire adopter, au niveau européen, des politiques de lutte efficaces contre toute forme de proxénétisme et d’exploitation de la prostitution d’autrui ; d’inciter les États à entreprendre de vigoureuses campagnes de dissuasion de la demande ; de prendre toutes les mesures appropriées pour venir en aide aux victimes de la traite, et de supprimer toutes mesures discriminatoires envers les personnes prostituées ; enfin, de favoriser de vastes programmes de prévention de la prostitution et de la traite.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société numéro 162.


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