dernière mise à jour ¬ 26/04/17 | mercredi 26 avril 2017 | je m'abonne | sommaires

Mondial en Afrique du Sud : un boom de la prostitution et de la traite ?

juin 2010, par Claudine Legardinier

Football oblige, l’Afrique du Sud s’attend à un boom de la prostitution lors du prochain Mondial, entre le 11 juin et le 11 juillet 2010. Plus de 450 000 supporters sont attendus, dont certains ne manqueront pas de s’offrir les traditionnelles heures de défoulement sur le corps des femmes.

La prostitution étant en théorie interdite dans le pays, des projets de libéralisation sont dans l’air depuis 2007 en prévision de cette importante manifestation sportive. Comme le résume un site Internet, la prostitution pourrait être libéralisée pour permettre aux nombreux supporteurs de vivre pleinement la fête du foot sans tomber sous le coup de la loi.

Le gouvernement hésite, en proie à l’inquiétude. L’explosion du sexe-business pourrait bien aggraver la catastrophe sanitaire alors que le pays présente déjà un des taux d’infection les plus élevés du monde : près de 6 millions de personnes porteuses du VIH. En prévision de l’événement, qui pourrait se transformer en bombe à retardement, il en a donc appelé à l’aide internationale pour constituer un stock d’un milliard de préservatifs, aide qu’a déjà fournie le gouvernement britannique avec un envoi de 42 millions d’unités, espérant ainsi empêcher la contamination de ses supporters.

Par ailleurs, circulent des chiffres – dont on ignore le mode de calcul – sur les dizaines de milliers de femmes qui arriveraient en Afrique du Sud pour la prostitution, le temps de la manifestation. Une étude du Conseil Sud africain de recherches en sciences humaines, financée par l’Union Européenne, confirme que le pays est devenu une destination de choix pour la traite des femmes pour la prostitution depuis de nombreux pays : Thaïlande, Philippines, Inde, Chine, Bulgarie, Roumanie, Russie, Ukraine. Et bien sûr des pays d’Afrique : Mozambique, Zimbabwe, Malawi, Swaziland, Lesotho, RD Congo, Angola, Rwanda, Kenya, Cameroun, Nigeria, Somalie…

L’événement fournit l’occasion de rappeler le lien qui unit manifestations sportives, à forte dominante masculine, et commerce du sexe. On se souvient de la campagne de la CATW (Coalition Against Trafficking in Women) lors du Mondial de 2006 en Allemagne. Acheter du sexe n’est pas un sport avait rassemblé près de 150 000 signatures après que le pays ait prévu, pour le repos du supporter, des boxes à sexe et autres bordels new look. Le maire de Berlin s’était alors illustré en faisant imprimer des tracts destinés aux clients prostitueurs : Soyez poli, soyez propre, ne buvez pas trop. Et servez-vous, les femmes sont là pour ça !

On attend donc la décision de l’Afrique du Sud, qui jusqu’à présent a repoussé les tentatives, quant à une légalisation éventuelle de la prostitution le temps de la manifestation. En notant au passage que le directeur de la police qui avait milité en sa faveur a depuis été suspendu de ses fonctions… pour corruption.


© 1996-2017 Prostitution et Société | S'abonnerNuméros antérieursMentions Légales | Aide | Contact

Haut