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Célhia de Lavarène

Un visa pour l’enfer

Fayard, 2006.

janvier 2007, par Claudine Legardinier

On a beaucoup parlé de la responsabilité centrale des hommes de l’ONU chargés du maintien de la paix, en Bosnie et ailleurs, dans l’explosion de la prostitution et de la traite. Le secret est désormais brisé. Mais le combat n’en est qu’à ses balbutiements.

Le livre de Célhia de Lavarène, chef de l’unité de lutte contre la traite des êtres humains pour l’ONU en Bosnie puis au Libéria, est là pour en témoigner.

A la tête d’une armada de flics, Lavarène prend soin de cultiver le juron et de ciseler son autoportrait de dure à cuire. Il est vrai qu’il ne faut pas avoir le cœur fragile pour affronter la pègre libérienne et tous les mâles onusiens ventrus sûrs de leur bon droit.

Lavarène conte ces heures passées à bouillir en voyant de toutes jeunes filles appeler au secours et vomir dans les toilettes du Honey Club de Monrovia.
Venues du Maroc, de Roumanie ou d’Ukraine, elles sont séquestrées sans passeport dans des bars immondes, violées non-stop par ceux qui devraient les secourir. Inutile de préciser que la super flic n’a que peu d’alliés dans son quotidien de raids et d’interrogatoires. Tout est mis en œuvre au contraire pour entraver son combat dans une société rongée par la pauvreté et la corruption, où les complices du trafic sont partout.

Rude lecture qui comporte heureusement ses moments de soulagement. Lavarène a obtenu la fermeture de 152 bars en Bosnie et libéré 265 jeunes filles mineures victimes de la traite pour la prostitution. Au Libéria, elle a remporté quelques belles victoires humaines et, dans la foulée, fondé une ONG, STOP (Stop trafficking of people), pour venir en aide aux victimes. On ne peut que saluer cette femme remarquable et son culot sans pareil.

Un seul regret : la manière dont elle a cru bon, lors d’un passage sur France-Culture, de donner son absolution à la prostitution car les prostituées font ce qu’elles veulent !

Célhia, comment dissuaderez-vous jamais ces clients qui vous révulsent si vous persistez à leur donner un laissez-passer..? Les libres, les forcées, lequel d’entre eux se souciera de faire la différence ? C’est précisément leur image de la prostituée, figure construite de toutes pièces, qui les autorise à l’exploiter en tout temps et en tout lieu. Pensez-y.

P.-S.

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 155 / octobre - décembre 2006.


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