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Journal intime d’une call girl ou « la vie rêvée des escorts »

avril 2010, par Fabienne Rigal

Cette série télévisée britannique est adaptée d’un livre, lui-même tiré d’un blog présenté comme tenu par un « prostituée de luxe » londonienne. Au fil des épisodes, Belle (de son nom de « scène ») s’adresse directement au téléspectateur. Elle explique qu’elle n’a pas été abusée, qu’elle n’a pas d’enfant à charge, qu’elle ne se drogue pas, et même qu’elle ne boit pas pendant le « travail ».

Tout est toujours sous contrôle, hygiénique, sûr. Les clients sont tendres et attentionnés. S’ils viennent la voir c’est parce qu’ils ne couchent plus avec leur femme, qu’ils n’ont pas assez de temps libre pour avoir une vraie relation, pas le temps pour une diabétique en robe de chambre ou un syndrome prémenstruel, parce que sortir avec des femmes, ça coûte cher : elles sont divorcées et compliquées ou jeunettes et fofolles.

Certains, très rares, sont dangereux, mais c’est toujours parce que Belle – ou une autre - a fait une erreur : elle a un peu bu, ou accepté un client qui avait l’air louche (ils sont tellement faciles à repérer, ces hommes potentiellement violents, c’est vrai !). Et il suffit de hausser un peu le ton pour le faire partir.

Les autres femmes sont agressives, méprisantes, jalouses. Si un homme s’offusque de ce métier, il se définit aussitôt comme un pauvre catholique coincé. Les féministes font des sermons car elles ont peur qu’on leur pique leur copain.

Les rencontres ont toujours lieu dans des hôtels ou des restaurants de luxe, ou dans le très chic appartement de Belle. Tout se passe sur le plan de la séduction, entre gens vraiment très civilisés. C’est sexy, joyeux, drôle, léger. Seule la maquerelle est un peu vulgaire. Ses sentences sont sans appel : une ville sans pute, c’est comme une maison sans salle de bains, la porte sera toujours ouverte tant que vos cuisses le seront aussi, quand on fait ce boulot un certain temps, on a envie d’en faire baver aux hommes. Mais dès que Belle devient indépendante, tout va pour le mieux.

Bref, un ramassis de poncifs sur des prostituées heureuses, sur des clients charmants, et sur une société coincée pour laquelle le sexe est tabou. Une grande farce, qui ferait presque rire si nos dents ne grinçaient pas en la regardant...


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