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Le défi abolitionniste

ATTAC : La prostitution, point ultime de la marchandisation généralisée

janvier 2010, par Claudine Legardinier

Jacqueline Pénit-Soria et Claudine Blasco, animatrices de la commission "Genre" d’Attac France, groupe altermondialiste et féministe, voient la prostitution comme un enjeu fondamental et son abolition comme la seule issue possible. Comme l’abolition de l’esclavage était une lutte pour les droits humains et non uniquement pour les droits des Noirs, l’abolition de la prostitution est une lutte pour la dignité humaine et non uniquement pour la dignité des femmes. Le débat reste toutefois houleux à l’intérieur d’Attac.

Jacqueline Pénit-Soria et Claudine Blasco

La prostitution revêt aujourd’hui dans son organisation des formes directement empruntées à la mondialisation financière. La logique néolibérale a trouvé dans le système prostitutionnel un "secteur" privilégié où se déployer, qui génère d’énormes profits : trafiquer des êtres humains d’Asie, d’Afrique ou d’Europe et les prostituer procure beaucoup de bénéfices pour peu d’investissements.

L’interconnexion des activités criminelles, la libéralisation des flux de capitaux, l’absence de contrôle et d’entrave à leur circulation ont fait de la prostitution l’un des marchés globalisés les mieux organisés et les plus rentables.

Cette mondialisation-là illustre le processus de la marchandisation généralisée des biens et des services, à laquelle n’est mise aucune limite, dont le point ultime est la marchandisation des corps et des êtres humains, dans leur intégralité ou non.

La sphère de la marchandisation s’étend toujours plus. Dans ce contexte, l’offensive menée à l’échelle internationale par certains Etats pour libéraliser la prostitution peut être assimilée aux grandes manoeuvres qui visent à inscrire dans le marbre et de façon irréversible la soumission au marché de tous les aspects de la vie humaine.

Il ne s’agit pas de s’en tenir à condamner et à combattre le système de prostitution sur ses seuls aspects marchands et ses affinités avec le capitalisme néolibéral ; il importe aussi de rappeler que la prostitution est l’une des pires manifestations de la violence sociale contre les femmes, à la fois physique et symbolique. Très ancienne, antérieure à l’apparition du capitalisme, la prostitution est l’une des expressions les plus violentes de la domination masculine. (…)

La prostitution est une question qu’Attac et le mouvement altermondialiste ne peuvent ignorer. Comment lutter à la fois contre ce phénomène très organisé de la mondialisation néolibérale et contre le renforcement d’une des formes d’oppression humaine les plus inadmissibles ? Cette question nous engage à réfléchir sur la notion de libre choix, sur son utilisation par le néolibéralisme. Derrière ce libre choix se place un enjeu de taille, pour l’ensemble des femmes, pour l’égalité entre hommes et femmes et pour le respect des droits humains : quelle société voulons-nous ?

Jacqueline Pénit et Claudine Blasco sont co-auteures, entre autres, de Mondialisation de la prostitution, atteinte globale à la dignité humaine, éditions Mille et une nuits.

En ligne, la Commission Genre d’ATTAC.


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