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Ozon et les « fantasmes de prostitution » : ca ne passe plus !

mai 2013, par Claudine Legardinier

C’est peut-être à des "buzz" dans le genre de celui qu’a provoqué le cinéaste François Ozon que l’on mesure le chemin parcouru. Beaucoup de femmes fantasment de se prostituer a tranquillement déclaré au magazine américain Hollywood Reporter [1], le réalisateur du film Jeune et jolie, présenté à Cannes. Et pour que l’on comprenne bien : être payé pour une relation sexuelle est quelque chose de patent dans la sexualité féminine.

On peut parier qu’il y a encore cinq ans, une telle remarque serait passée inaperçue. Aujourd’hui, le sexisme ordinaire qui fait de la prostitution une vocation féminine soulève des réactions multiples et embrase les milieux politiques. Twitter a ainsi vibré des réactions d’élues, notamment du PS. Laurence Rossignol, l’une des porte parole, a su user de son habituel franc parler :

Toutes des putes, au moins dans leur tête. M. Ozon, pourriez-vous assumer vos fantasmes et ne pas nous les attribuer ?

Non, "le fait d’être payé pour coucher" n’est pas "quelque chose qui fait partie de la sexualité féminine", ont de leur côté rétorqué les députées Catherine Coutelle (présidente de la Délégation aux Droits des Femmes de l’Assemblée Nationale), Maud Olivier et Ségolène Neuville dans un communiqué [2] : Les rapports sexuels marchandisés, non désirés, sont une violence auxquelles de trop nombreuses femmes sont contraintes.
De son côté, la ministre aux droits des femmes, Najat Vallaud Belkacem, a réagi sur BFM TV [3], jugeant terrifiant de banaliser la prostitution : Ce n’est pas vrai, légèreté et prostitution sont antinomiques.

Hors PS, on a surtout remarqué la réaction de Chantal Jouanno (UDI), co-rapporteure de la Mission des Affaires Sociales du Sénat sur la situation des personnes prostituées : Prostitution, traite des êtres humains, viols, exploitation de la vulnérabilité. L’idéal de M. Ozon ? Christine Boutin (Parti Chrétien Démocrate) y est elle aussi allée de son tweet, Il existe donc toujours des machos et dans tous les milieux !, se trouvant ainsi l’alliée occasionnelle des Femen qui sont allées plus loin en remettant la Palme d’Or du Connard 2013 à François Ozon.

On remarque au passage que, sans la présence des femmes en politique, les clichés les plus ringards auraient encore un bel avenir… Car les réactions restent presque exclusivement féminines. Heureusement Harlem Désir, premier secrétaire du PS, a sauvé l’honneur en qualifiant, dans une matinale de Canal Plus, les propos de François Ozon d’hallucinants. Il a même martelé que la prostitution est une forme de soumission, d’aliénation et qu’une société libre est une société sans prostitution.

Face à la tempête, le cinéaste en a été réduit à présenter ses excuses en se rattrapant aux branches : Evidemment je ne voulais pas parler des femmes en général, juste des personnages de mon film...
Dont acte. En espérant que cette volée de bois vert aura marqué une étape supplémentaire vers une société sans complaisance pour l’une des pires violences faites aux femmes.

Notes

[1Une interview de Rhonda Richford, Hollywood Reporter du 20 mai 2013.

[2Ozon : Le sexisme sous les feux de la rampe, communiqué de presse du 22 mai 2013.

[3BFM TV, Le café politique, 23 mai 2013.


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